La guerre définit l’après-guerre. Maintenant que les jours, voire les heures, du régime irakien sont comptés, maintenant que la victoire est à portée de main des militaires américains, les vues du Pentagone triomphent à Washington. Les Etats-Unis gouverneront donc l’Irak. Ils le feront seuls, avec leurs administrateurs et leurs hommes de l’émigration irakienne. Cela ne signifie pas qu’ils refusent tout rôle à l’Onu. Ils sont disposés à lui laisser gérer l’aide humanitaire. Ils ne refusent évidemment pas non plus que les agences spécialisées, l’Organisation mondiale de la santé, l’Unesco, le Haut commissariat aux réfugiés, apportent leur savoir-faire mais il n’est, à leurs yeux, pas question que les Nations Unies prennent l’Irak en charge. Elles devraient seulement être « impliquées » dans l’administration du pays tandis que le vrai pouvoir reviendra au général Garner, un proche de Donald Rumsfeld, le secrétaire à la défense, qui l’a placé à la tête du Bureau pour la reconstruction et l’aide humanitaire, organisme dépendant du Pentagone - des militaires et non pas des diplomates du département d’Etat. Quelques onze cents fonctionnaires américains devraient être bientôt mis à la disposition de ce général qui sera, de fait, pro-consul des Etats-Unis en Irak. Sa mission est définie. Il devra veiller, dans un premier temps, à désarmer d’éventuels foyers de résistance et mettre la main sur les stocks d’armes de destruction massive qu’aurait accumulés Saddam Hussein. Il devra ensuite, ou parallèlement, remettre en service les circuits d’approvisionnement alimentaire, d’eau et d’électricité et, enfin, mettre en place une administration irakienne intérimaire, appuyée sur des fonctionnaires irakiens et pilotée par des personnalités de l’émigration proches du Pentagone. Ces hommes ont commencé, depuis le week-end, à rallier l’Irak. Ils se manifesteront sitôt le général Garner installé à Bagdad et constitueront l’embryon d’une force politique appelée à participer aux élections que les Etats-Unis entendent organiser à une date restant à fixer. Les Etats-Unis s’arrogent autrement dit un mandat sur l’Irak mais, hormis leur volonté de s’opposer à tout éclatement du pays et, notamment, à une indépendance kurde, on ne sait rien de plus sur leurs intentions. Voudront-ils, comme ils l’avaient évoqué, faire de l’Irak une fédération de cantons kurde, sunnite et chiite ? Comment comptent-ils gérer le pétrole, attribuer d’éventuels contrats d’exploitation et répartir les bénéfices de la première ressource irakienne ? Voudront-ils vraiment tenter de faire avaliser leur administration du pays par l’Onu ? Sur quelles bases et avec quels soutiens ? L’Irak américain continuera-t-il – ce n’est pas la moindre des questions – à participer à l’Opep ? On l’ignore pour l’instant et il n’est pas évident que ces décisions, âprement discutées aussi bien à Washington qu’entre Londres et Washington, soient déjà prises. Il paraît, en revanche, probable que Tony Blair, comme Colin Powell, ait d’ores et déjà renoncé à convaincre Georges Bush de la nécessité de rapidement passer la main à l’Onu. « Irréaliste », dit-on maintenant à Londres.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.