Il n’y a pas que l’Europe, Paris hier, Londres avant-hier. Alors que la flamme olympique est maintenant attendue à San Francisco où des mouvements de protestation l’ont, déjà, précédée, Hillary Clinton vient d’appeler Georges Bush à boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Comme Nicolas Sarkozy, comme beaucoup de chefs d’Etat ou de gouvernement, le président américain se retrouve dos au mur, tant il lui sera difficile d’expliquer pourquoi les droits de l’homme ne pourraient pas l’amener à annuler un rendez-vous à Pékin alors qu’ils l’avaient fait entrer en guerre à Bagdad. Jour après jour, ces JO deviennent un imbroglio diplomatique international de grande ampleur est le premier fautif en est la Chine elle-même. Elle n’aurait pas dû. Elle n’aurait pas dû tant souhaiter accueillir et organiser ces Jeux dans le seul but de faire voir et applaudir sa renaissance. C’était trop tôt. Un jour, la Chine ne sera peut-être plus une dictature, prêtant le flanc à toutes les critiques. Non seulement il faut le souhaiter mais ce n’est pas impossible car sa révolution économique et son enrichissement diversifient sa société, y créent des classes moyennes, l’ouvrent sur la monde extérieur, y suscitent un pluralisme de fait qui pourrait, un jour, devenir pluralisme de droit. Aussi dictatoriale qu’elle soit, la Chine n’est plus monolithique mais, pour l’heure, son libéral-communisme concentre tout ce qu’il y a de pire dans le communisme et dans le capitalisme, le parti unique, les prisonniers d’opinion, la presse et la Justice aux ordres, l’absence de libertés et l’exploitation la plus éhontée d’une main-d’œuvre, payée trois fois rien pour des horaires insensés et dépourvue de tous droits et de toute protection sociale. Cela seul menaçait ces JO de toutes les contestations et la répression lancée contre les Tibétains qui ont saisi, là, l’occasion de se faire entendre n’a fait que pleinement justifier des mouvements de protestations que le régime chinois aurait du prévoir. Ce régime a tendu les verges pour se faire battre. Il l’a fait par pure vanité mais son erreur, si patente, ne devrait pas nous empêcher de voir les nôtres. Dans cette quasi unanimité qui se fait contre la Chine, il n’y a pas que de la vertu démocratique. Il y a, aussi, une peur d’un concurrent trop puissant pour être bienvenu, une sourde hostilité qui n’est pas qu’honorable et, de surcroît, des contradictions majeures. Ce libéral-communisme qui nous révulse, à droite comme à gauche, nous le condamnons, après tout, moins quand nous achetons, Américains ou Européens, des produits de consommation à bas prix, chaussures de sport, jouets, vêtements ou, maintenant, électroménager. A l’étal, nous oublions vite les Tibétains et les droits de l’homme et quand nous reprochons à nos gouvernements, avec quelle vigueur, d’être trop conciliants avec Pékin, n’oublions-nous pas, aussi, que les commandes chinoises créent beaucoup plus d’emplois que les délocalisations n’en suppriment ? Ces manifestations sont saines et nécessaires mais il leur manque une cohérence.

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