Le feu avait déjà pris, hier soir, au Parlement moldave que les émeutiers continuaient d’en jeter par les fenêtres meubles et ordinateurs qui alimentaient d’autres feux, au pied du bâtiment. La présidence, elle aussi, avait été mise à sac. Le chef de l’Etat et les principaux dirigeants de cette République, haricot de 34 000 km2 situé entre l’Ukraine et la Roumanie, avaient trouvé refuge au siège du gouvernement et les manifestations pourraient bien se poursuivre aujourd’hui. Provoqué par l’annonce de la victoire des communistes aux élections législatives de dimanche dernier, un incendie s’est allumé au cœur du continent Europe, à la frontière orientale de l’Union dont la Roumanie est membre, et il ne sera pas facile de l’éteindre. Dans cette flambée de violences, c’est toute l’histoire de ce pays qui remonte et rencontre l’actualité d’aujourd’hui, la peur de la crise économique mondiale qui suscite, chez ces manifestants, un désir passionné de s’accrocher à l’Union, vue comme un havre de prospérité. Pays le plus pauvre d’Europe, salaire mensuel moyen de 240€, la Moldavie fut une République soviétique jusqu’à l’été 1991 mais elle n’avait pas toujours été une marche de la Russie. Longtemps dominée par l’empire ottoman, comme la Roumanie dont elle partage la langue. La Moldavie n’avait été intégrée à l’empire des Tsars qu’en 1812, sous le nom de Bessarabie, avant d’être récupérée par les Roumains à la faveur de la Première guerre mondiale et de la révolution d’Octobre. Staline avait, ensuite, remis la main dessus grâce au pacte germano-soviétique de 1939, avant de la coupler administrativement avec une région majoritairement russophone, la Transnistrie. La Moldavie eut donc à faire un choix après son indépendance, permise par l’éclatement soviétique. Elle pouvait soit rejoindre la Roumanie soit rester un Etat souverain, ce qu’elle fit après bien des hésitations parce que la Roumanie n’était alors guère attrayante et que la Transnistrie avait proclamé sa sécession pour ne pas devenir roumaine. On en était là depuis, conflit de basse intensité, mais la Roumanie a rejoint, depuis, l’Union européenne et la crise mondiale s’annonce dévastatrice en Moldavie qui serait, aujourd’hui, partie intégrante de l’Union si elle avait fait le choix roumain il y a dix-huit ans. Alors la victoire électorale des communistes, d’un parti pourtant devenu modéré et soucieux de tenir la balance égale entre Bruxelles et Moscou, est apparue, hier, comme un nouvel obstacle à l’espoir d’Europe. Etudiants et jeunes salariés du tertiaire, mobilisés par internet, ces manifestants contestent l’honnêteté du scrutin mais ce qu’ils veulent, en fait, c’est s’intégrer à l’Union en s’intégrant à la Roumanie. « Nous sommes Roumains ! », scandaient-ils après avoir hissé le drapeau de l’Europe sur la présidence moldave, semant l’alarme dans bien des capitales du continent.

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