Pour l’opposition russe, pas de doute. Cette cyberattaque dont a été victime, depuis deux semaines, le site LiveJournal.com sur lequel de nombreux bloggeurs, le plus souvent critiques du régime, publient leurs enquêtes et réflexions est une répétition générale, orchestrée aux plus hauts niveaux de l’Etat. A les entendre, impressionnés par le rôle qu’a joué internet dans le printemps arabe, les services secrets russes auraient voulu tester, au cas où, leurs capacités à bloquer la toile et tuer dans l’œuf tout mouvement de contestation lancé grâce aux nouveaux moyens de communication. L’explication est parfaitement plausible. LiveJournal.com était une cible désignée pour un test de ce genre mais le site a pour particularité d’abriter aussi le blog de Dmitri Medvedev, du président de la Fédération de Russie, devenu à son tour inaccessible, mercredi durant une heure. Là, les opposants en sont restés perplexes avant d’estimer que les services secrets – les « organes » comme on disait aux temps soviétiques – avaient seulement voulu brouiller les pistes et se dédouaner en s’attaquant au chef de l’Etat lui-même. L’explication peut également se tenir mais elle a pour faiblesse de faire bon marché d’un contexte politique qui rend l’affaire absolument fascinante. Tenu, bien à tort, pour une simple « marionnette » de Vladimir Poutine qui l’avait fait élire en 2008 parce que la Constitution lui interdisait de briguer un troisième mandat consécutif, supposé ne faire que de la figuration en attendant que son parrain puisse se représenter l’année prochaine, Dmitri Medvedev croise aujourd’hui publiquement le fer avec son prédécesseur et Premier ministre. Il y avait déjà eu plusieurs escarmouches, petites phrases et plaisanteries à double sens, mais aujourd’hui, depuis un petit mois, c’est autre chose. Tout a commencé par la publication d’un rapport de l’Institut du développement contemporain dans lequel des conseillers du président écrivaient que la Russie n’aurait pas seulement à choisir, en 2012, « entre des personnalités mais entre le début du changement et la fin des espoirs » et que leur patron était à même d’obtenir assez de soutiens pour se succéder à lui-même. Riposte immédiate de Vladimir Poutine qui qualifie de « croisade » l’intervention en Libye à laquelle Dmitri Medvedev n’avait pas opposé le veto de la Russie au Conseil de sécurité. « Inadmissible », « inacceptable », rétorque le président qui, dans le même souffle, exige qu’aucun membre du gouvernement ne siège plus aux directions des entreprises nationales et s’attaque ainsi à la garde rapprochée de Vladimir Poutine. C’est sur cette toile de fond qu’est intervenue la cyberattaque qui pourrait bien avoir délibérément visé Dmitri Medvedev et contre laquelle il vient de s’élever, sur LiveJournal.com, en la qualifiant de « révoltante » et « illégale ». A un an de la présidentielle, la bataille est ouverte entre deux hommes qui furent alliés mais qui incarnent désormais deux courants du pouvoir russe, celui qui veut plus de libertés et de respect du droit et celui qui veut maintenir l’autoritarisme et son arbitraire. On ne sait pas qui gagnera mais la marionnette n’en était pas une.

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