Attention ! Quand les mauvaises nouvelles s’accumulent, lorsque le chômage augmente, que la croissance s’évanouit et qu’on découvre, en plus, que l’ancien ministre du Budget, non content d’être un fraudeur et un menteur, entendrait revenir maintenant siéger à l’Assemblée nationale comme si de rien n’était, rien n’est plus facile que de se dire que tout est perdu, surtout l’honneur, que la France n’est plus, ne se relèvera pas et qu’il n’y aurait plus qu’à s’asseoir et pleurer.

Eh bien non ! Le moment est déplaisant. Il est totalement déprimant mais ce n’est pourtant pas le scandale de Panama, le vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain ou le putsch des généraux d’Alger. Ce n’est qu’un comble de la laideur dans un moment par ailleurs difficile, la goutte d’eau qui fait déborder le vase mais ce n’est qu’un moment qui demande, au contraire, de savoir garder la tête froide, relativiser, de ne perdre confiance ni en une France qui n’est tout de même pas l’abomination de la désolation ni en un monde complexe, incertain, inquiétant, mais dont toutes les nouvelles ne sont pas accablantes et même…

Prenons, d’abord, les retombées européennes de ce scandale national. Parce que le hasard a voulu qu’il éclate en même temps qu’une trentaine de grands journaux, dont Le Monde , publiaient de retentissantes révélations sur les paradis fiscaux, la lutte contre l’évasion fiscale redevient une priorité dans l’Union. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a estimé qu’il fallait, maintenant, tirer des conséquences légales de ces révélations. Son prédécesseur social-démocrate, Peter Steinbrück, qui est le candidat de la gauche aux législatives allemandes de septembre prochain, a déclaré, lui, qu’il fallait retirer leur licence aux banques qui prêtaient la main à ces fraudes. Le ministre français des Finances, Pierre Moscovici, a appelé de son côté à l’établissement d’une directive européenne imposant, comme aux Etats-Unis, l’échange d’informations fiscales aux banques et pays traitant avec l’Union.

Et, bien plus spectaculaire encore, le Luxembourg, l’un des grands paradis fiscaux de l’Union européenne, a pris les devants en annonçant qu’il « ne rejetait plus catégoriquement » le principe d’un échange d’informations avec les autorités fiscales étrangères et donc, une limitation de son secret bancaire. Les choses bougent, comme elles avaient déjà bougé avec la Suisse que les Etats-Unis et l’Union ont contrainte à beaucoup plus de transparence que par le passé.

Aussi affreux qu’il soit, ce scandale sert au moins à quelque chose.

C’est la bonne nouvelle du week-end mais ce n’est pas la seule. Citons-en trois autres. La Chine a sèchement appelé la Corée du Nord à cesser de jouer avec le feu tandis que les Etats-Unis calmaient le jeu en reportant un essai de missiles intercontinentaux dont Pyongyang aurait pu prétexter pour encore faire monter la tension. Les Etats-Unis, en second lieu, veulent s’appuyer sur la Turquie pour qu’elle convainque le Hamas de ne pas torpiller d’emblée leurs efforts de relance du processus de paix israélo-palestinien. Mme Merkel, enfin, sèchement aussi, a remonté les bretelles à Vladimir Poutine sur ses raids contre les ONG russes. Scandale ou pas, il n’y a pas que des raisons de désespérer.

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