Vladimir Poutine a répété hier ce que son porte-parole avait déjà dit. Non, il n’y a pas, dans les « Panama papers » de preuves de corruption de son entourage et encore moins de lui-même et tout cela se résume à une tentative américaine de déstabilisation de la Russie et de son président.

C’est une défense comme une autre. Rien ne prouve, en l’état, qu’il mente mais ce qui est indiscutable, hors de doute et parfaitement su de tous les Russes est que toute l’ancienne propriété collective des temps soviétiques, toute la richesse nationale de ce pays, a été l’objet du plus grand hold-up de l’histoire de l’humanité il y a vingt-cinq ans, lorsque Boris Eltsine a évincé Mikhaïl Gorbatchev.

Ce nouveau président veut alors rompre du jour au lendemain avec le communisme et suit donc les conseils des jeunes économistes qui l’entourent, de libéraux adeptes d’une thérapie de choc consistant à privatiser sans délai toutes les entreprises d’Etat, c’est-à-dire toutes les entreprises du pays.

Le problème est qu’après 70 ans de communisme et des siècles de féodalisme il n’y a ni capitaux privés ni entrepreneurs en Russie mais qu’à cela ne tienne ! On distribue aux salariés des « bonds » censés faire d’eux les actionnaires de leurs usines. Cela paraît équitable, parfait, formidable, une sorte de vrai communisme sauf…

Sauf que les salariés n’ont que faire de ces actions qui ne leur rapportent rien et ne leur donnent aucun droit, qu’ils ont, en revanche, besoin de tout et qu’ils les revendent donc pour une bouchée de pain - c’est le cas de le dire - à des amis du nouveau pouvoir qui obtiennent le soutien des banques, moyennant commission, bien sûr, à la famille Eltsine.

C’est extraordinairement bien pensé puisque les énormes pots-de-vin versés au Kremlin et les remboursements bancaires seront financés par les trésoreries des entreprises qui sont ainsi siphonnées au lieu de recevoir de nouveaux capitaux.

Pour l’essentiel, pour les entreprises les plus intéressantes, c’est une affaire de quelques mois à l’issue desquels d’anciens cadres du Parti communiste se retrouvent à la tête de considérables fortunes tandis que leurs hommes de paille deviennent propriétaires de la Russie.

Eh bien oui, puisque nous n’avions pas de capitalistes, il fallait bien les créer, expliquaient à l’époque, en privé bien sûr, les théoriciens de cette « thérapie de choc ». Certains se ruineront vite, ajoutaient-ils, et d’autres deviendront les capitaines d’industrie dont nous avons besoin avant que leurs enfants n’aillent à Harvard et ne constituent une nouvelle bourgeoisie industrielle et financière.

L’un dans l’autre, c’est au demeurant ce qui s’est passé mais la Russie est ainsi devenue une kleptocratie dans laquelle le nouvel argent et le nouveau pouvoir, les services secrets, se tiennent par la barbichette. C’était vrai sous Eltsine comme ça l’est aujourd’hui et, dans ce système, un compte off-shore de deux milliards de dollars a autant d’importance qu’un vol de caramel mou.

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