En annonçant son intention d’annexer des parties de la Cisjordanie palestinienne, le premier ministre sortant fait monter les enchères dans la campagne électorale, alors qu’il est en difficulté sur son intégrité personnelle.

Partisan de Benyamin Netanyahou affublé du masque de Donald Trump lors de la campagne électorale israélienne, à Jérusalem le 7 avril. Trump est le principal soutien du premier ministre sortant.
Partisan de Benyamin Netanyahou affublé du masque de Donald Trump lors de la campagne électorale israélienne, à Jérusalem le 7 avril. Trump est le principal soutien du premier ministre sortant. © AFP / MENAHEM KAHANA / AFP

Pour ou contre Netanyahou ? Comme d’habitude, cette question est au cœur des élections législatives de mardi en Israël : le premier ministre israélien est une personnalité polarisante, et trouve son succès dans cette polarisation. 

Alors une nouvelle fois mardi, ces élections législatives seront en fait un véritable référendum sur la personnalité de Benyamin Netanyahou. Chef du gouvernement de 1996 à 99, puis sans interruption depuis dix ans, il battra, s’il remporte ce scrutin, le record de longévité établi par le fondateur de l’État, David Ben Gourion.

Et comme à chaque fois qu’il est en difficulté, Netanyahou appuie sur l’accélérateur, celui de la surenchère nationaliste, et, disons-le, du populisme, faisant de cette campagne électorale l’une des plus agressives de l’histoire d’Israël.

A trois jours du scrutin, le premier ministre israélien a lâché une petite bombe, en promettant, s’il l’emporte, d’annexer des parties de la Cisjordanie palestinienne. Il n’a pas précisé l’ampleur de ces annexions ni à quelle échéance, mais il a assurément franchi un rubicon politique qu’aucun dirigeant israélien n’avait osé exprimer, tuant l’hypothèse, déjà mal en point, d’un État palestinien à côté d’Israël.

Netanyahou s’assure ainsi le vote massif des colons juifs de Cisjordanie, assurés d’y rester, et de toute l’opinion, très à droite, du pays qui ne veut plus entendre parler de paix avec les Palestiniens. Il sait qu’il se place en contradiction avec les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, mais il n’en a cure. Son ami et soutien inconditionnel Donald Trump vient de signer la reconnaissance de l’annexion du plateau du Golan syrien par Israël, sans conséquence majeure. Le soutien du Président américain et des puissances arabes conservatrices comme l’Arabie saoudite offrent à Netanyahou une fenêtre d’opportunité pour changer le statu quo d’un demi-siècle.

Pour la première fois depuis longtemps, Netanyahou a en face de lui une offre politique menaçante, conduite par un ancien chef d’état-major, le général Benny Gantz, pas vraiment un pacifiste de gauche mais un centriste bon teint, associé à Yair Lapid, un ancien présentateur de télévision devenu star de la politique, et de deux autres ex-poids lourds de l’armée. 

Cette alliance ne promet pas de plan de paix ou autres utopies, mais un gouvernement plus propre et plus pragmatique, face à un premier ministre englué dans des affaires judiciaires touchant à son intégrité, et dont le cynisme repousse une partie de l’opinion.

Netanyahou a déclenché l’artillerie lourde contre ses rivaux, attaques personnelles et dénigrement contre Benny Gantz dont le téléphone a été piraté, accusation de vouloir gouverner avec les partis arabes, ou d’être de dangereux gauchistes.

Au bout du compte, les Israéliens voudront-ils changer un premier ministre un peu voyou sur les bords, mais qui les rassure que leur État restera le plus fort dans une région instable ? Une fois de plus, la polarisation risque de profiter à celui qui crie le plus fort.

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