La Commission européenne a débloqué 15 milliards d’euros pour aider l’Afrique à se préparer face à la pandémie. Un enjeu sanitaire et géopolitique dans l’intérêt bien compris de l’Afrique… et de l’Europe.

Prise de température avant le début du travail dans une usine au Kenya, dans le cadre des mesures de prévention du coronavirus.
Prise de température avant le début du travail dans une usine au Kenya, dans le cadre des mesures de prévention du coronavirus. © AFP / LUIS TATO / AFP

La Présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a elle-même annoncé la nouvelle hier : l’Europe va débloquer 15 milliards d’euros pour ses partenaires hors du continent, principalement en Afrique. Cette somme servira à renforcer les systèmes de santé africains face à l’épidémie qui monte là aussi, et à aider les économies déjà plongées dans la crise.

Certaines voix ne manqueront pas de se demander pourquoi, alors que l’Europe plonge dans sa plus grave crise économique depuis la guerre, une telle somme est consacrée à aider les pays africains. Pourquoi ne pas aider « la Corrèze avant le Zambèze », pour reprendre une formule qui avait connu son heure de gloire à la fin des années 50, et qui n’a jamais totalement disparu du paysage français.

L’explication est aisée à comprendre, car au-delà de la simple solidarité avec le monde en développement, il y a un double intérêt européen : sanitaire, et géopolitique.

Sanitaire d’abord, il tient à la nature d’une pandémie. Quand l’Europe commencera à sortir du confinement, et à retrouver une vie plus normale, ce répit serait de courte durée si, de l’autre côté de la Méditerranée, se trouvait un immense continent frappé à son tour par le fléau. La « deuxième vague » tant redoutée ne ferait aucun doute, et par un effet boomerang inévitable, le coronavirus retrouverait le chemin de l’Europe. 

Il est donc vital que le continent africain soit en mesure de faire face à ce défi dont l’Europe a montré qu’il pouvait submerger les systèmes de santé les plus développés. Or si, pour 10.000 habitants, l’Europe compte en moyenne 36 médecins et 51 lits d’hôpital, il n’y a qu’un médecin et 10 lits en Afrique. On comprend vite l’enjeu alors que le continent vient de franchir la barre des 10.000 cas confirmés, sans doute beaucoup plus en réalité.

L’enjeu géopolitique tient pour sa part en un mot : la Chine. Entrée la première dans l’épidémie, la Chine en sort aussi la première, c’est aujourd’hui le jour du déconfinement à Wuhan, où tout a commencé. Et Pékin explique au monde entier la supériorité de son système politique en envoyant des équipes médicales et du matériel qui fait défaut partout, et en particulier en Afrique. 

Tout en luttant contre la pandémie sur son propre sol, l’Europe ne peut pas laisser s’installer l’idée que seule la Chine vient au secours d’une Afrique en difficultés. Certes, l’aide chinoise est la bienvenue partout, mais elle s’inscrit aujourd’hui dans une stratégie d’influence. La Chine n’invente rien, les Occidentaux ont fait ça pendant des décennies…

L’engagement européen est à la mesure du risque africain aujourd’hui avec le choc du coronavirus. Une note récente du Centre d’analyse et de prévisions du Quai d’Orsay imagine un scénario catastrophe dans lequel nombre de régimes africains, trop fragiles et incapables de faire face, pourraient être balayés par les dégâts de la pandémie, avec le risque du chaos politique et social.

Critiquée à juste titre dans sa gestion des débuts de l’épidémie en Italie, l’Europe a cette fois une réaction rapide et nécessaire. Il y a urgence à aider l’Afrique à éviter le pire.

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