Les marines occidentales, dont celle de la France, des États-Unis, de l’Inde, ou de la Chine, participent à des manoeuvres rivales dans les mers asiatiques ces jours-ci, signe des tensions qui se concentrent dans cette zone indo-pacifique. La Chine et ses ambitions sont dans tous les esprits.

La frégate française Surcouf dans le port indien de Cochin, le 30 mars 2021, avant de participer aux manœuvres « La Pérouse » dans le Golfe du Bengale, du 5 au 7 avril.
La frégate française Surcouf dans le port indien de Cochin, le 30 mars 2021, avant de participer aux manœuvres « La Pérouse » dans le Golfe du Bengale, du 5 au 7 avril. © AFP / Arun SANKAR / AFP

Il y a décidément beaucoup de navires de guerre en manœuvre en ce moment sur les mers asiatiques, à déployer leurs muscles pour impressionner leurs adversaires potentiels. Ils sont américains, indiens, chinois, japonais ou australiens - et même français, car la France se veut une puissance de la zone Indo-Pacifique à part entière, et entend le montrer.

Aucun de ces pays ne veut en découdre, mais outre le fait que les guerres démarrent parfois par inadvertance, un incident qui dégénère… ; il y a une réelle montée de tension dans cette zone qui concentre une bonne partie des conflits potentiels du globe.

Depuis lundi, la marine française participe ainsi à un exercice naval baptisé « La Pérouse », du nom d’un officier de marine et explorateur français du 18ème siècle, dans le Golfe du Bengale, dans le nord-est de l’océan indien. Les marines d’Inde, des États-Unis, du Japon et d’Australie y participent aussi, ces quatre pays qui forment le « Quad », une coordination que la Chine dénonce comme l’embryon d’une « Otan indo-pacifique ».

Le ton est donné, c’est bien la Chine qui est dans tous les esprits, y compris dans l’objectif de ces manœuvres, destinées, selon le Ministère des armées, à « s’entraîner ensemble pour la liberté de navigation », une formule qui vise le grignotage constant de Pékin en mer de Chine.

Depuis des années, Pékin, invoquant d’anciennes cartes de l’ère impériale, étend son emprise sur une zone contestée par tous les pays riverains. Elle a fait main basse sur des îlots sur lesquels elle a bâti de véritables bases militaires, en dépit d’un engagement du numéro un chinois Xi Jinping de ne pas les militariser.

La tactique est à l’œuvre en ce moment même à proximité des côtes des Philippines : plusieurs centaines de bateaux de pêche chinois, qualifiés par le gouvernement philippin de « milice navale », se rassemblent autour de quelques rochers en pleine mer, et n’en partent plus. Le gouvernement philippin, un temps complaisant vis-à-vis de Pékin, a décidé de hausser le ton.

L’autre abcès de fixation, c’est bien sûr Taiwan, l’île séparée de la Chine depuis 70 ans, et revendiquée par Pékin. L’armée chinoise a procédé en début de semaine à des manœuvres très explicites, avec un porte avion et ses navires d’accompagnement à l’est de Taiwan, et l’aviation chinoise à l’ouest. 

« Cette tactique, a expliqué la presse de Pékin au cas où on comprendrait mal, permet d’isoler les forces de l’île de toute intervention étrangère, et de briser l’illusion des sécessionnistes taiwanais que les forces américaines ou japonaises viendront les aider en cas de besoin ».

Au même moment, des navires de la 7ème flotte américaine s’apprêtaient à passer dans le détroit de Taiwan, pour faire respecter la fameuse « liberté de navigation ».

Le détroit de Taiwan
Le détroit de Taiwan © AFP / Laurence CHU, Janis LATVELS / AFP

Si un jour les États-Unis et la Chine doivent s’affronter, ce que nul ne peut réellement exclure, c’est là que ça se passera, dans les eaux de Mer de Chine méridionale, autour de l’enjeu taiwanais, ou encore en Mer de Chine orientale, vers le Japon, où se trouvent d’autres îles contestées. 

Depuis quelques jours, Pékin met d’ailleurs en garde le Japon avant la visite, la semaine prochaine, du premier ministre japonais à Washington, le premier dirigeant étranger reçu par Joe Biden.

La concentration de forces militaires dans cette zone, et l’animosité croissante entre des pays qui se disputent l’influence en Asie, n’augure rien de bon. Qui peut empêcher que cette profusion de manœuvres ne soit, en fait, la répétition générale d’une confrontation dont personne, officiellement, ne veut ?

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