Ses déclarations de politique étrangère laissent, d’abord, perplexes. Comment Ségolène Royal, ni la dernière des ignorantes ni le dernier des ânes, peut-elle, par exemple, déclarer, hier, à Lisbonne, devant l’ensemble des socialistes européens, qu’il faut « soumettre la Banque centrale européenne à des décisions politiques » ? Cela commence par laisser bouche béée car cette ancienne ministre ne peut évidemment pas ne pas savoir que l’un des principaux traité européens, le Traité de Maastricht, est largement fondé sur ce qu’elle semble vouloir rayer d’un trait de plume : l’indépendance de la BCE. Comprenons-nous. On peut naturellement être contre ce principe. Il y a même d’excellents arguments pour cela mais, outre qu’il aurait alors été mieux, contrairement à ce qu’elle a fait, de s’y opposer dès le départ en votant « non » au référendum de 1992, Ségolène Royal sait bien qu’une renégociation d’un traité aussi fondamental demanderait des années d’efforts, déboucherait sur une impasse et mettrait l’Union plus mal encore. Pourquoi, donc, dit-elle cela ? Eh bien la réponse est que cette candidate a une manière bien à elle de faire de la politique. Concrète, extrêmement concrète, son premier souci est d’identifier et nommer le problème qui est bel et bien, en l’occurrence, que la Banque centrale peut, aujourd’hui, n’en faire qu’à sa tête et ne se soucier que de lutte contre l’inflation car les institutions politiques fortes qui auraient dû naître après le Traité de Maastricht n’ont jamais vu le jour. Sur ce constat et la gravité du problème à peu près tout le monde est d’accord. Cela ne peut pas durer. Il est totalement intolérable qu’il n’y a ait pas de pouvoir politique européen à même d’exercer l’indispensable contrepoids à l’indépendance de la Banque centrale mais le dire ne signifie pas dans sa bouche qu’il faille déchirer Maastricht. Cela signifie, bien au contraire, qu’il faut le compléter, comme c’était prévu, par une relance de l’union politique qu’elle a d’un même souffle appelée de ses vœux. Ségolène Royal vient, autrement dit, d’épouser et exprimer une colère contre un état de fait détestable pour mieux avancer et populariser des solutions aussi réalistes qu’indispensables. Deuxième exemple : le nucléaire iranien. Là encore, il y a deux manières de lire ses déclarations. La première est de s’indigner qu’elle puisse refuser le droit de l’Iran au nucléaire civil alors que le Traité de non-prolifération est fondé sur l’idée que les Etats signataires ont tous les droits de se doter de centrales atomiques à condition qu’ils se soumettent à des vérifications excluant tout dérive vers le militaire. « Elle théorise une bévue », s’est exclamé une personnalité de la majorité mais en fait, non. Elle dit, en une phrase, que dès lors que les Iraniens ont triché et refusent, maintenant, de donner des assurances convaincantes, ils perdent leur droit au nucléaire civil – ce qui est très exactement, mais en compréhensible, la position de toutes les grandes puissances.

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