Autour de l’Ecole polytechnique, le quartier d’Exarchia est le quartier universitaire d’Athènes. C’est aussi le bastion de la jeunesse d’extrême gauche, « anti-pouvoir » comme on dit. Manifestations et affrontements avec la police y sont réguliers mais, samedi soir, ce rituel a très mal tourné. Après des jets de cannette et de pierre contre leur voiture, des policiers en sont descendus, ont sorti leurs armes et tiré sur un adolescent de 15 ans qui touché, au coeur, a été tué sur le coup. La nouvelle de cette mort a aussitôt suscité de véritables scènes d’émeute dans la capitale et plusieurs autres villes de Grèce. Ces violences ont repris, hier, à Athènes et Salonique dont les quartiers commerçants, banques et boutiques de luxe, ont été dévastés et tout le pays en est, aujourd’hui, fragilisé car la tension sociale y est, parallèlement, forte. Le pays vit une vague de grèves. Une grève générale de 24 heures y est même prévue pour après-demain, mercredi. Bien au-delà de ces manifestations, les voyants passent au rouge parce que les politiques de privatisations et de réforme des retraites menées par l’actuel premier ministre, Costas Caramanlis, ont provoqué beaucoup d’oppositions et que la crise internationale risque, désormais, d’affaiblir l’économie grecque, très dépendante du tourisme et de la marine marchande. Minée par un scandale immobilier qui avait provoqué, à la rentrée, la démission de deux ministres, la majorité de centre-droit perd pied et n’a plus qu’une voix d’avance à la Chambre. Les socialistes la dépassent maintenant dans les sondages. Dès avant les manifestations du week-end, les milieux politiques bruissaient de rumeurs d’élections anticipées. Il y a comme une atmosphère de fin de règne à Athènes et la question qui se pose est de savoir si la Grèce est un cas isolé ou si ses difficultés en annoncent d’autres, dans d’autres pays de l’Union. D’un côté, la Grèce a toujours été un pays fragile, incorporé pendant quatre siècles, jusqu’en 1821, à l’Empire ottoman, installé dans ses frontières actuelles depuis 1945 seulement, ravagé par plus de trois années de guerre civile à la fin de l’occupation et écrasé par la dictature des colonels de 1967 à 1974. Rien de tout cela n’a permis le développement d’un Etat fort, d’une économie solide et d’un échiquier politique stable. La Grèce demeure un maillon faible de l’Union européenne mais, au-delà de ses handicaps historiques, elle ressemble beaucoup, aussi, au reste des pays de l’Union, avec des systèmes de protection sociale dégradés et en déficit, des régimes de retraite incertains, des privatisations mal admises et deux grands partis dominants, de centre-droit et de centre gauche, que des crises d’identité divisent pendant que s’affirme, dans les rues comme dans les urnes, une gauche radicale, anti-européenne et tribunicienne. Partout en Europe, le chômage va augmenter. La crise économique porte en elle une crise sociale de grande ampleur. La Grèce n’est pas seule concernée par ce qui s’y passe.

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