Ce n’était pas des millions de personnes, comme lors des manifestation qui avaient immédiatement suivi les élections truquées de juin. Les manifestations d’hier, en Iran, étaient beaucoup plus modestes mais on aurait tort d’en déduire que la contestation s’essouffle dans ce pays. Malgré six mois de répression, elle dure, perdure, s’enracine, ressurgit à chaque occasion. Non seulement elle n’a jamais cessé, non seulement elle s’est assez enhardie pour qu’on ait manifesté, hier, dans toutes les universités de Téhéran et de très nombreuses facultés de province mais les slogans se durcissent à chaque fois plus. Ce n’est plus contre la fraude électorale qu’on s’époumone. C’est contre le régime, contre son Guide suprême dont les portraits sont désormais brûlés, contre la République islamique et pour la République d’Iran, autrement dit pour la démocratie et l’abolition de la théocratie. Ce qui se passe, aujourd’hui, en Iran est une crise de régime car ce pouvoir se comporte comme toutes les dictatures à bout de souffle. Faute d’oser noyer la contestation dans le sang, à force de réprimer durement mais a demi et de se murer, parallèlement, dans l’intransigeance, il se fait haïr toujours plus mais sans parvenir à se faire craindre, radicalise en un mot ses opposants qui, eux, font preuve d’une intelligence politique qui ne se dément pas. Ces manifestants et ces manifestantes savent jusqu’où ne pas aller trop loin, ne cèdent pas à la tentation de la violence mais opposent, au contraire, un courage tranquille, la force du bon droit, aux policiers et miliciens qui les matraquent et les aspergent de gaz lacrymogènes particulièrement puissants. Mieux encore, ils ne descendent dans la rue, comme hier, qu’à l’occasion des manifestations et commémorations instituées par le régime lui-même. Ils en détournent le sens et les slogans, se les approprient et les retournent contre le pouvoir dans une moqueuse mais redoutable accusation de trahison de ses idéaux. En Iran, la contestation ne cède pas et le pouvoir est en plein désarroi. Normalement, le Guide devrait finir par faire un choix. Il devrait se résoudre soit à semer la terreur soit à chercher un compromis avec l’opposition mais l’une et l’autre de ces options est formidablement risquée pour lui. Avec un bain de sang, la loi martiale ou les deux, il se mettrait totalement dans la main des plus ultras et des forces de répression. Il y perdrait l’essentiel de son pouvoir sans même être assuré que l’ordre en soit rétabli puisque tout le clergé ne suivrait pas, que l’armée n’est pas totalement sûre et que la réaction de la population serait incertaine. Le dialogue alors ? Un grand ayatollah conservateur, nullement opposant, vient d’appeler à l’ouvrir mais le Guide ne pourrait le tenter qu’avec les réformateurs du régime, ces hommes qui se sont fait voler l’élection de juin, traîner dans la boue, menacer et qui n’accepteraient un compromis qu’à condition que Mahmoud Ahmadinejad et ses sbires soient marginalisés et que de vrais changements soient introduits, sur la scène intérieure comme en politique étrangère. Le Guide n’y est pas prêt et, tant que l’entre-deux durera, la contestation s’approfondira.

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