Ce n’était pas une visite, pas même de travail et encore moins officielle. Ce n’était qu’une escale, sur l’un des aéroports de Moscou, au retour du Kazakhstan, l’un des plus riches Etats sortis de l’Union soviétique. La nuance est importante car François Hollande tenait à garder une distance vis-à-vis d’un homme, Vladimir Poutine, qui a annexé la Crimée avant de soutenir maintenant les séparatistes des régions orientales de l’Ukraine mais le dialogue qu’il a ainsi poursuivi avec le président russe était à la fois nécessaire et possible.

Il était nécessaire car on ne peut pas laisser s’envenimer, au cœur de l’Europe, un conflit qui a déjà causé plusieurs milliers de morts et met aux prises la Russie et les Occidentaux alors même que leur coopération est indispensable sur la scène internationale. Dans une telle situation, personne ne saurait rester bas croisés et la France est aujourd’hui le mieux placé des pays de l’Alliance atlantique pour chercher les voies d’un compromis avec la Russie parce qu’elle a toujours entretenu de bonnes relations avec elle et qu'elle a fait, en même temps, preuve de fermeté en refusant de lui livrer les navires de combats, les Mistral, que Nicolas Sarkozy lui avait vendus.

C’est pour cela que François Hollande a fait escale sur l’aéroport de Vnoukovo après y avoir été incité par le président kazakh mais, si Vladimir Poutine a aussitôt accepté l’idée de cet entretien, c’est qu’il est lui-même en quête d’une solution à cette crise. Cette rencontre était devenue possible parce que la baisse des cours du pétrole et les sanctions occidentales malmènent gravement l’économie de la Russie et que Vladimir Poutine ne peut pas continuer à s’isoler de l’Europe et des Etats-Unis sans risquer de se mettre dans la main de la Chine et aller au devant de difficultés sociales et politiques.

C’est ainsi que François Hollande a obtenu de lui trois choses, non pas décisives, purement verbales, mais pourtant importantes. La première est qu’il a marqué une distance vis-à-vis des séparatistes qu’il soutient en les disant aussi responsables que Kiev de la violation du cessez-le-feu conclu le 5 septembre dernier à Minsk, la capitale de la Biélorussie. La deuxième est qu’il s’est engagé à favoriser les nouveaux pourparlers qui devraient, en principe, s’ouvrir demain dans cette ville. Quant à la troisième, elle est qu’il s’est dit attaché au respect de l’intégrité territoriale de l’Ukraine - hors Crimée, bien sûr.

Il semble que Vladimir Poutine ne veuille aujourd’hui non seulement pas annexer les provinces orientales de l’Ukraine mais pas non plus devoir les financer sur le budget russe. C’est ce qu’il a laissé comprendre à François Hollande et, si cela s’avérait, l’autonomie de ces régions et la réaffirmation de la neutralité ukrainienne permettraient alors le compromis souhaitable. On n’y est pas, bien loin de là, mais cette escale a peut-être permis l’esquisse d’une avancée.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.