Le premier ministre sortant Ludovic Orban a démissionné en raison de la contre-performance de son parti libéral qui pourra néanmoins se maintenir au pouvoir, à l’issue d’élections législatives marquées par la percée d’un parti d’extrême droite.

Un homme vote dans un bureau de vote de Bucarest, dimanche 6 décembre 2020. La participation a été faible en raison de la pandémie de covid-19.
Un homme vote dans un bureau de vote de Bucarest, dimanche 6 décembre 2020. La participation a été faible en raison de la pandémie de covid-19. © AFP / Daniel MIHAILESCU / AFP

La politique intérieure d’un pays membre de l’Union européenne peut sembler lointaine et sans impact sur les autres ; mais la crise actuelle avec la Hongrie et la Pologne, qui bloquent l’adoption du plan de relance des 27, montrent qu’il n’en est rien ; et que nous avons intérêt à comprendre les mutations, les évolutions de nos partenaires, même s’il n’y a pas, de fait, un espace politique unique en Europe.

La Roumanie vit depuis quelques années une de ces transformations dont les élections législatives de dimanche montrent qu’elle est encore inachevée. Ce scrutin devait trancher, c’était en tous cas l’objectif du premier ministre sortant, Ludovic Orban -rien à voir avec l’autre Orban, Viktor, en Hongrie-, entre une gauche conservatrice et minée par des affaires de corruption ; une formation moderniste trop pressée ; et la droite libérale qu’il incarnait et que les sondages donnaient en tête.

Le premier ministre a perdu son pari, et a remis hier soir sa démission, même si son parti devrait rester au pouvoir au prix d’une coalition pas nécessairement solide.

Il y a eu deux surprises dans ce scrutin : d’abord le fait que le Parti social-démocrate, que l’on croyait usé par un long monopole sur le pouvoir et un affairisme avéré, soit arrivé en tête avec 30% des voix. Il garde le contrôle des campagnes et des petites villes conservatrices ; 

L’autre surprise, c’est la percée, pour la première fois en Roumanie, d’un parti d’extrême droite et europhobe, l’Alliance pour l’unité des Roumains, de création récente et proche de l’église orthodoxe. Avec près de 9% des voix, l’AUR fera son entrée au parlement, c’est la fin d’une exception roumaine, dont il faudra voir si elle s’inscrit dans la durée.

Restent donc les deux partis libéraux condamnés à s’allier pour gouverner, le PNL de centre-droit, et l’USR-Plus, une jeune formation affiliée au Parlement européen au groupe Renew avec la République en Marche. Leur score leur permet de constituer une majorité, même s’il est inférieur à leur attente.

L’enjeu est une forme de modernité politique compatible avec la construction européenne. Le long passage au pouvoir des sociaux-démocrates, mal nommés car il s’agit des héritiers de Ceausescu, a laissé un pays sans infrastructures dignes de ce nom, malgré les apports financiers de l’Europe.

Mais la Roumanie est clivée, comme de nombreux pays, entre des grandes villes qui aspirent à une « normalité » européenne, dont la jeunesse voyage et étudie aux quatre coins de l’Europe ; et une population rurale et de petites villes qui se sont dépeuplées par l’émigration de leurs jeunes vers une Europe de l’Ouest aux salaires plus attirants. D’un côté l’espoir, de l’autre l’amertume, ce clivage se retrouve dans les urnes.

L’Europe n’avancera, sur le long terme, que si un pays comme la Roumanie surmonte ses contradictions. Elle devrait recevoir quelque 30 milliards d’euros du plan de relance : aux élections suivantes, les Roumains demanderont des comptes si cet argent, comme par le passé, ne profite pas au pays et à ses habitants. C’est ainsi que la politique intérieure d’un pays à l’autre bout de l’Europe, peut jouer sur tout un continent.

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