C’est maintenant que les difficultés commencent. Ce soir, à Charm el-Cheikh, Israéliens et Palestiniens annonceront enfin une trêve. Une page va se tourner, celle de la seconde Intifada et de sa répression, de ces quatre épouvantables années de sang, mais dès lors que la raison reprend des droits, que la politique et la diplomatie l’emportent sur les armes, il faut parler du fond, aborder les sujets qui continuent de diviser et la route de la paix sera beaucoup plus incertaine, que celle qui a conduit à ce tournant. Côté palestinien, on sait ce que veut Mahmoud Abbas. Il a voulu mettre fin aux violences car il considérait qu’elles ne menaient son peuple qu’à plus de souffrances encore et que leur cessation mettrait Ariel Sharon au pied du mur, l’obligerait à dire, devant les Israéliens et le monde, s’il refusait de négocier à cause des attentats ou parce qu’il ne voulait pas d’une paix passant par la restitution des Territoires occupés et le partage de Jérusalem. C’est ce que veut le nouveau Président palestinien, c’est ce que son prédécesseur avait eu le si grand tort de ne pas accepter à Taba, mais que veut Ariel Sharon ? Veut-il la coexistence de deux Etats dont les frontières recouperaient celles de 1967 ? Est-il prêt à accepter, demain, ce qu’il avait toujours refusé jusqu’à présent, ce dont il ne voulait pas plus que Yasser Arafat, ou bien ne veut-il qu’évacuer Gaza, des morceaux seulement de la Cisjordanie et certainement pas une seule rue de Jérusalem – n’offrir aux Palestiniens qu’un semblant d’Etat, réduit et surtout fractionné ? Il surprendra, répondent Shimon Pérès et ses amis. Il a non seulement compris et dit, insistent-ils, qu’Israël ne pouvait pas « éternellement gouverner des millions des Palestiniens » mais il est également prêt à en tirer toutes les conséquences, même sur Jérusalem. Peut-être. Ce n’est pas prouvé mais parfaitement possible et il est, en tout cas, concevable qu’Ariel Sharon ait réalisé que Georges Bush pouvait être tenté de faciliter sa sortie d’Irak et de se réconcilier avec l’Europe et le monde arabe en faisant peser les Etats-Unis en faveur d’un règlement global. Dans l’un ou l’autre cas, dans les deux plus encore, les perspectives de paix deviendraient vraiment solides mais même une volonté commune du Premier ministre israélien et du Président palestinien ne suffiraient pas à les concrétiser. Même dans cette hypothèse-là, la route de la paix restera incertaine car il est aussi impossible à Mahmoud Abbas d’admettre dès aujourd’hui que le droit au retour des réfugiés palestiniens ne pourra s’exercer que dans la future Palestine qu’à Ariel Sharon d’accepter, dès maintenant, le retour aux frontières de 1967. L’un et l’autre ne pourraient le faire que dans le cadre d’un donnant-donnant, à l’aboutissement de négociations, et cela signifie qu’Ariel Sharon devra faire évacuer par la force les colons de Gaza sans certitude d’un règlement tandis que Mahmoud Abbas devra réprimer la violence sans certitude d’obtenir un Etat viable. De longs mois, l’un et l’autre vont danser sur une corde raide. L’un et l’autre ont besoin de garanties internationales beaucoup plus fortes que les encouragements qui leur sont distribués.

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