Ce n’est pas joué mais il est bien possible que le Premier ministre danois ait raison. Non seulement l’affaire des caricatures est devenue, comme il le dit, « une crise mondiale grandissante » mais il n’a pas tort de craindre qu’elle ne « recèle un potentiel d’escalade échappant au contrôle des gouvernements et autres autorités ». Le premier des problèmes, des dangers faut-il dire, est que deux des Etats du Proche-Orient, l’Iran et la Syrie, soufflent sur les braises en laissant attaquer des représentations diplomatiques européennes. Rien ne les empêcherait de ne pas permettre ces violations de leurs propres lois et du droit international puisqu’ils n’hésitent jamais à réprimer des manifestations, même pacifiques. Si cela se produit, c’est qu’ils le veulent. Nullement religieux et très hostile à ses propres islamistes, le régime syrien saisit une occasion de rappeler aux Occidentaux qu’il a des moyens de résister aux pressions qu’ils exercent sur lui depuis l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. Voyez, leur dit-il, sur quelle vague nous sommes prêts à surfer, quelles alliances nous pourrions nouer et, parallèlement, la Syrie attise le feu au Liban, y pousse ses alliés chiites à de violentes protestations, afin d’y ressusciter les tensions entre musulmans et chrétiens et tenter de remettre la main sur ce pays. L’Iran, lui, fait coup double. Il veut, d’une part, montrer qu’il ne serait nullement intimidé par le transfert de son dossier nucléaire au Conseil de Sécurité et, de l’autre, se faire le champion de l’Islam, retrouver par là son rôle de leader du mouvement islamiste car la montée en puissance des islamistes sunnites inquiète cet Etat chiite qui voudrait conforte sa position régionale. Le deuxième élément d’inquiétude est que l’ensemble des mouvements islamistes, et les plus radicaux au premier chef, ont trouvé là le moyen rêvé de proclamer l’Islam en danger, de brandir les preuves que l’Occident ne voudrait que l’humilier et l’agresser - de sonner, en un mot, la mobilisation générale contre les « judéo-croisés ». De fausses caricatures, franchement insultantes et totalement incendiaires, sont délibérément ajoutées à celles qu’avait publiées le Jyllands Posten. Elles passent pour être vraies aux yeux des exaltés. Chacun se retrouve sommé, dans le monde arabo-musulman, de choisir entre le blasphème et la foi et cette surenchère laisse peu de marge aux forces de modération. Troisième élément d’inquiétude, enfin, les opinions occidentales sont saisies de répulsion devant la disproportion, le fanatisme, la folie furieuse de ces réactions. Un raidissement se sent dans les conversations. De plus en plus de journaux publient ces caricatures au nom de l’idée qu’il ne faudrait pas « se laisser intimider » et qu’il y aurait, même, un devoir à le faire. Il devient de plus en plus difficile de faire valoir qu’on ne fait ainsi que prêter main forte aux islamistes, que servir leurs desseins, et le répugnant concours de caricatures sur le Shoah que vient de lancer un quotidien iranien n’arrangera, bien évidemment, rien. Pire encore, une organisation islamiste belge vient de devancer ce quotidien sur son site. « Il s’agit, dit-elle, de franchir toutes les lignes rouges » et c’est réussi, abjectement réussi.

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