Aucun n’est médiocre, les principaux candidats à cette présidentielle ont tous des qualités à faire valoir, mais d’où vient alors ce sentiment d’insatisfaction, qu’on entend si fort, cette perplexité que suscite leur bataille ? Elle a ses raisons qui ne sont nullement propres à la France. La première est que la vraie ligne de partage politique sépare désormais les libéraux des partisans du modèle social européen, social-démocratie ou économie sociale de marché. Cette frontière est nouvelle. C’est la nouvelle frontière entre droite et gauche. Elle n’oppose pas adversaires et défenseurs de l’économie de marché puisqu’il n’y a à peu près plus, en Europe ni ailleurs, d’adeptes de l’économie dirigée, d’un système dans lequel les entreprises seraient majoritairement ou totalement propriété de l’Etat, mais elle n’en dessine pas mois deux camps, radicalement contraires. Les premiers, les libéraux, considèrent que l’Etat n’est pas la solution mais le problème, que l’impôt tue l’impôt en freinant la croissance, que les systèmes de protection sociale sont en fait des systèmes d’assistanat qui étouffent l’esprit d’initiative et la prise de risque sans lesquels l’économie ne peut pas s’adapter à des défis toujours nouveaux. Les seconds, régulateurs et redistributeurs, défendent au contraire le modèle européen en faisant valoir que c’est grâce à lui que l’Europe est l’endroit du monde où il fait le mieux vivre ; que l’impôt sert à assurer à tous des équipements collectifs - écoles, routes ou hôpitaux - qui font la force économique et la cohésion sociale d’une société et que l’Etat a un indispensable et double rôle d’arbitre entre le Capital et le Travail et d’organisateur des investissements de long terme trop peu rentables pour que le privé s’y intéresse. Ce débat est tout sauf vain mais il n’est vraiment mené nulle part en Europe car les libéraux savent que leurs idées sont minoritaires dans l’Union et qu’ils perdraient toutes les élections à les défendre ouvertement tandis que leurs adversaires savent, eux, que la protection sociale ne survivra pas sans être repensée et qu’ils osent encore moins l’annoncer que l’envisager. Ce jeu de masques pèse sur cette campagne comme sur toute l’Union. Quant à la deuxième raison de cette crise du politique, elle est bien connue. Elle est qu’aucune grande décision politique, dans quelque domaine que ce soit, ne peut plus se prendre au niveau des Etats-nations, qu’elles devraient toutes être pensées à l’échelle européenne et que la panne de l’Europe est une telle patate chaude qu’on préfère en parler le moins possible.

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