Ce n’est qu’un point de vue, discutable mais extrêmement intéressant. David Frum, l’une des têtes pensantes de l’American enterprise institute, l’un des grands centres de réflexion de la droite américaine, expliquait, hier, dans le Financial Times, que la prochaine présidentielle n’était pas seulement d’ores et déjà perdue pour les Républicains mais annonçait aussi « la fin de trois décennies d’ascendant conservateur sur la vie politique » des Etats-Unis. Ce qu’il prédisait, là, ce n’est rien moins, en d’autres termes, que le déclin de la domination intellectuelle des idées libérales dans le pays à partir duquel elles s’étaient répandues, et largement imposées, dans le monde entier depuis les moitié des années 70. Depuis 1975, rappelle-t-il, même lorsque les Etats-Unis avaient un Président démocrate, ce sont des idées libérales qui étaient mises en œuvre, exactement de la même manière que dans la longue période de gauche, ouverte dans les années trente par le New Deal de Roosevelt, même les présidents républicains, Eisenhower ou Nixon, appliquaient des idées de gauche. Clinton a équilibre le budget, réformé la protection sociale et étendu l’Otan, écrit-il. Carter avait lancé les grandes politiques de déréglementation, notamment du transport aérien, ajoute-t-il, mais les études d’opinions montrent aujourd’hui, poursuit-il, un complet changement idéologique chez les électeurs qui aspirent à un plus grand rôle de l’Etat, sont moins sensibles à la question des impôts et basculent à gauche sur la plupart des questions sociales. Alors qu’en 2002 les Américains s’identifiaient en nombre égal aux partis démocrate et républicain, note-t-il encore, l’identification républicaine est aujourd’hui retombée au niveau d’avant les années Reagan et ce mouvement est particulièrement profond chez les gens de 20 ans qui, révulsés par Bush, devraient assurer – c’est lui qui le dit – une domination des idées de gauche « jusque dans les années 2060 ». Ce qui frappe évidemment dans cette démonstration c’est, bien sûr, la personnalité de son auteur, une solide tête de droite, mais aussi les études auxquelles il se réfère et le fait que les Etats-Unis annoncent toujours les grands tournants internationaux. Ce qui est absolument vrai, que l’on sent monter depuis plusieurs années, c’est un glissement de l’opinion américaine qui était devenue, dans les années 70, lasse de la pression fiscale et du poids budgétaire des aides sociales, donc réceptive aux années libérales, et qui est désormais inquiète et choquée de voir que le recul de l’Etat a induit celui des classes moyennes, que les écarts de revenus sont devenus vertigineux et que la liberté du marché a pris de vrais airs d'anarchie. Les scandales financiers et la montée de la pauvreté ont fait leur œuvre. Il est également vrai que les tensions internationales et la crainte d’un dérèglement climatique font renaître un besoin d’Etat mais le fait est, en même temps, que les gauches n’ont pour autant pas encore retrouvé ce capital d’idées qu’avaient un Roosevelt à gauche ou un Reagan à droite. On peut considérer, bien sûr, que les idées viennent quand c’est leur heure. Peut-être. C’est à voir.

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