Mardi dernier, Mahmoud Ahmadinejad tendait la main. L’Iran n’a « pas de problème », disait-il, avec l’idée de faire enrichir son uranium à l’étranger. Le président iranien semblait ainsi relancer, et finalement accepter, le compromis envisagé au mois d’octobre, l’enrichissement, en Russie, puis le conditionnement, en France, du stock d’uranium iranien à un niveau et dans des conditions qui auraient interdit son usage militaire mais permis l’utilisation médicale que l’Iran souhaitait, officiellement, en faire. Trois jours, plus tard, vendredi, son ministre des Affaires étrangères enfonçait le clou. « Un accord est proche », affirmait-il mais, hier, Mahmoud Ahmadinejad a refermé la porte qu’il venait d’entrouvrir en annonçant que son pays allait lui-même enrichir son uranium à 20%, pas encore le niveau nécessaire à la production d’armes atomiques mais un nouveau pas, néanmoins, vers la bombe puisque rien n’empêchera, ensuite, l’Iran d’aller vers les 80% nécessaires. Non seulement ce régime a dit blanc et noir en six jours mais, passant des mots aux actes, il a aussitôt annoncé que ces opérations d’enrichissement commenceraient dès demain, mardi, sur le site de Natanz. Contrairement aux apparences, il n’y a rien d’irrationnel dans ces allers-et-retours. C’est sciemment, avec deux objectifs en tête, que les dirigeants iraniens soufflent alternativement le chaud et le froid. Depuis quatre mois, d’abord, ils font tout pour diviser les grandes puissances et éviter qu’elles ne prennent de nouvelles sanctions contre la République islamique. Lorsqu’ils paraissent envisager des mesures de confiance comme cet enrichissement à l’étranger, ils veulent faire renaître un espoir à la Maison-Blanche qui souhaiterait tant parvenir à une solution diplomatique ; freiner le durcissement de la Russie à leur égard et donner, surtout, des arguments à la Chine qui n’est pas du tout chaude pour de nouvelles sanctions car elle ne dédaigne aucun fournisseur de pétrole et n’a aucune envie de prêter la main aux Etats-Unis avec lesquels elle voudrait, au contraire, établir un rapport de force en profitant de leurs difficultés économiques et diplomatiques. C’est ainsi que l’Iran dit « oui », « non », puis « oui » puis « non » depuis octobre en cherchant, à la fois, à retarder les sanctions et à poursuivre sa marche vers la bombe. C’est un jeu maintenant clair mais ce dernier épisode relève, lui, de la politique intérieure. En deux jours, ce régime a tout fait pour agiter le chiffon rouge et faire monter la tension internationale car, non content de son annonce sur l’enrichissement d’uranium, il a rendu public, hier également, une déclaration du Guide suprême, Ali Khamenei, affirmant, qu’avec « la volonté de Dieu, la destruction d’Israël sera imminente ». Tout cela ne vise qu’à une chose, amener l’Occident à hausser le ton contre l’Iran afin de pouvoir déclarer la patrie en danger et désigner comme des agents de l’étranger, des traîtres passibles de la peine de mort, les opposants qui s’apprêtent à manifester jeudi. C’est une provocation d’un nouveau genre – diplomatico-policière.

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