Ce n’est pas en France qu’il a suscité le plus de réserves. En France, les réactions au soutien qu’Angela Merkel vient d’apporter au candidat Sarkozy sont restées le plus souvent mesurées alors que la presse et les partis allemands se montrent, eux, beaucoup plus interrogatifs, voire critiques.

« En misant tout sur Sarkozy, la chancelière spécule sur le choix le plus risqué mais qui lui rapporterait le plus », constate la Süddeutsche Zeitung, le pendant allemand du Monde , en déplorant que « s’installe l’impression dangereuse que la politique du gouvernement allemand est de provoquer la défaite d’un socialiste ». Plus explicite encore, l’inquiétude est la même dans les colonnes du Spiegel, hebdomadaire centriste, qui parle d’un « grand risque » pris par Angela Merkel et lui reproche de « s’accommoder du fait que les vieux ressentiments à l’égard de la puissante Allemagne ressurgissent en France qui se divise entre une droite pro-allemande et une gauche anti-allemande ».

Ce soutien pourrait d’ailleurs nuire au président sortant, estime l’hebdomadaire alors que la Frankfurter Allgemeine, quotidien favori des milieux d’affaires, n’applaudit ni ne critique mais explique que l’unité « de façade » affichée par la chancelière et le président a calmé les marchés financiers et qu’Angela Merkel ne veut pas que la crise des dettes publiques puisse être relancée par la volonté de François Hollande de renégocier, s’il était élu, l’accord européen du mois de décembre.

La gauche et les Verts sont naturellement beaucoup plus critiques. Chef de file des sociaux-démocrates et signataire, au printemps dernier, d’un accord politique avec les socialistes français, Sigmar Gabriel aurait aimé que, dans leur interview commune et « plutôt pitoyable », dit-il, la chancelière et le président « s’intéressent aux questions urgentes » que sont la croissance et la nécessité de « faire une Europe plus sociale et plus démocratique ».

C’est la gauche franco-allemande contre la droite franco-allemande mais les Verts, souvent plus centristes et autrement plus puissants en Allemagne qu’en France, sont plus virulents encore. La chancelière, déclare Jürgen Trittin, l’un de leurs ténors, a « outrepassé » la neutralité de sa fonction en allant épauler Nicolas Sarkozy alors qu’elle refuse de rencontrer François Hollande mais la vraie surprise vient des Libéraux, partenaires de Mme Merkel dans la coalition de droite au pouvoir à Berlin.

Peut-être parce qu’il est ministres des Affaires étrangères et pense à l’avenir des relations d’Etat à Etat, sans doute parce que ses rapports avec la chancelière sont détestables, leur chef de file, Guido Westerwelle, a sèchement estimé qu’il n’était pas « judicieux de transposer les disputes partisanes allemandes dans la campagne électorale française » et que « tous les partis allemands » devraient y observer « une certaine retenue respectueuse ».

L’Allemagne n’est pas à l’aise. Elle craint de n’avoir à prendre, là, que des coups, mais il faudra s’habituer, en Allemagne comme en France, à ce que nos scènes politiques n’en fassent plus qu’une car les problèmes comme les débats y sont les mêmes.

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