L'ivresse des droites israéliennes

L’opposition israélienne n’a pas mâché ses mots. « C’est une loi abjecte », a déclaré Isaac Herzog, le président du parti travailliste, qui s’est également ému qu’elle ne puisse amener des responsables israéliens à comparaître devant la justice internationale.

Le procureur général a, quant à lui, estimé que cette loi adoptée lundi soir par le Parlement israélien n’était pas conforme à la Constitution et enfreignait le droit international. Il ne la défendra pas, a-t-il dit, devant la Cour suprême qui devrait bientôt en être saisie mais, en attendant, c’est à un concert de protestations internationales qu’Israël fait aujourd’hui face.

Le secrétaire général de l’Onu, les capitales arabes et européennes, la Turquie qui venait pourtant de se rapprocher d’Israël, les Palestiniens bien sûr, la Ligue arabe évidemment, tous ont énergiquement condamné un texte qui légalise rétroactivement les colonies sauvages crées dans les Territoires occupés sur des terres palestiniennes appartenant à des propriétaires privés.

Cette unanimité s’explique car, indemnités pécuniaires ou pas, cette loi avalise des spoliations caractérisées mais le plus grave est ailleurs.

Ce qui fonde la fermeté des réactions internationales est que le Parlement israélien, par 60 voix contre 52, s’est ainsi arrogé le droit de légiférer dans les territoires occupés, que c’est un acte sans précédent car ces territoires ne sont pas israéliens et que ce coup de force de la majorité de droite et d’extrême droite constitue de fait un pas spectaculaire vers l’annexion de tout ou partie des territoires occupés ou même « contestés » pour reprendre le vocabulaire israélien.

Tout dit, pourtant, que ce vote devrait rester sans suite car la Cour suprême devrait l'invalider puisqu’elle venait d’ordonner l’évacuation d’une de ces colonies sauvages. Officiellement, c’est d'ailleurs la raison pour laquelle les Etats-Unis restent silencieux mais ce texte a un double contexte qui le rend tout, sauf anodin.

Benjamin Netanyahu, d’abord, le Premier ministre et chef de file du Likoud, le grand parti de la droite israélienne, est affaibli par des affaires d’abus de position qui profitent à l’extrême droite et menacent sa prééminence dans la coalition qu’il forme avec elle. Dans l’actuelle majorité, les forces ascendantes sont les nationalistes et les religieux, ceux qui considèrent et disent que toute l’ancienne Palestine du mandat britannique serait terre israélienne puisqu’elle correspondrait à l’Israël biblique.

Dans son camp, Benjamin Netanyahou qui a lui accepté, en mots au moins, le principe de la coexistence de deux Etats est aujourd’hui considéré comme un mou qu’il faudrait écarter et le second motif d’inquiétude a pour nom Donald Trump. Comme toute l’extrême droite américaine, le nouveau président n’a que sympathie pour la droite israélienne qu’il considère comme un allié naturel et il a donc rompu avec la claire et traditionnelle condamnation de la colonisation par les Etats-Unis. Les nationalistes et religieux israéliens se sentent ainsi pousser des ailes et le vote de lundi en est le signe.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.