Le SPD a su imposer à Mme Merkel une nouvelle politique d'investissements sociaux et européens

Rien n’est plus simple à comprendre. Pour éviter de nouvelles élections qu’elle n’aurait sans doute pas pu conduire et qui auraient encore plus émietté l’échiquier allemand, Mme Merkel se devait d’arriver à reformer une grande coalition avec les sociaux-démocrates du SPD dont la base était et demeure très tentée par une cure d’opposition. 

         La chancelière était demandeuse. Le SPD l’était moins et pouvait lui arracher, de surcroît, beaucoup de concessions en lui faisant valoir la possibilité que ses militants refusent une nouvelle coalition lors du référendum interne qui va maintenant s’ouvrir. 

         La gauche, en un mot, était en position de force et cela se lit dans l’accord de gouvernement auquel elle est parvenue, hier, avec la démocratie-chrétienne. Ce qui a le plus retenu l’attention, la bombe, est que le ministère des Finances passe au SPD et que c’est donc un avocat social-démocrate et spécialisé dans le droit du travail qui tiendra désormais les cordons de la bourse. Cela changera, et beaucoup, des temps où cette fonction était remplie par le très rigoriste Wolfgang Schäuble mais c’est point par point, sur l’économie comme sur la relance de l’unité européenne, qu’il faut examiner les 177 pages de cet accord. 

         Au chapitre économique, le maître-mot est « investir ». 

L’Allemagne investira 6 milliards dans la recherche et l’éducation, 12 dans la politique familiale, 4 dans le logement social ou 12 encore dans la généralisation du haut-débit. Cela fait beaucoup d’argent mais les excédents budgétaires de l’Allemagne le lui permettent et son futur gouvernement répondra ainsi aux attentes du reste de l’Union et des institutions financières internationales qui pressaient Berlin d’augmenter ses dépenses pour tirer la croissance européenne. 

Avec les augmentations de salaire que les syndicats arrachent parallèlement aux entreprises, c’est toute la donne économique qui change en Allemagne dont la politique européenne ne sera plus non plus la même. 

A l’accent d’hier sur le rétablissement des comptes publics succède maintenant une ambition de développement de l’activité par l’investissement commun. L’accord prône, entre autres, une augmentation de la cotisation allemande au budget de l’Union, la constitution progressive d’un « budget d’investissement » de la zone euro, la création d’un Fonds monétaire européen, le lancement d’une recherche franco-allemande, l’instauration – mais oui – d’une « taxe substantielle » sur les transactions financières et une taxation équitable des grands groupes qui ne doivent plus pouvoir jouer – c’est écrit – des différences d’imposition entre Etats-membres. 

Un vent nouveau souffle à Berlin où l’obsession est de se mettre au diapason des propositions européennes de la France.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.