Paris parle d’une situation sans précédent depuis la guerre : pourquoi la France a rappelé son ambassadeur à Rome après la visite non-annoncée et les déclarations du Vice-Premier ministre Luigi di Maio, en soutien aux gilets jaunes français.

Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte (au centre), entouré de ses deux vice-premier ministres, Luigi di Maio (à gauche) et Matteo Salvini (à droite), lors de la formation de la coalition en juin 2018. Ils restent néanmoins rivaux.
Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte (au centre), entouré de ses deux vice-premier ministres, Luigi di Maio (à gauche) et Matteo Salvini (à droite), lors de la formation de la coalition en juin 2018. Ils restent néanmoins rivaux. © AFP / FILIPPO MONTEFORTE / AFP

Dans l’univers très codé de la diplomatie, Nicolas, il y a une graduation précise de la tension. Le premier niveau est la convocation de l’ambassadeur du pays auquel on veut exprimer son mécontentement, et c’est ce que le Quai d’Orsay a fait le 21 janvier avec la représentante de l’Italie à Paris. C’est rare entre pays alliés, mais ce n’est pas exceptionnel.

Le deuxième niveau, c’est le rappel de son propre ambassadeur dans le pays concerné, et c’est ce que la France a fait hier, à la suite de la visite non annoncée, et des déclarations du Vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio après sa rencontre à Montargis avec des Gilets Jaunes. Un geste fort accompagné d’un communiqué musclé du Ministère des Affaires étrangères rappelant que cette situation « n’a pas de précédent depuis la fin de la guerre ». 

Évidemment, il faut relativiser l’importance de cette crise avec le contexte des élections européennes de mai prochain (Emmanuel Macron a lui aussi employé des mots durs en parlant de la "lèpre" populiste qui se répandait en Europe), et de la rivalité entre les deux composantes de la coalition extrême droite-populistes en Italie. Le communiqué français y fait d’ailleurs allusion en déclarant : « avoir des désaccords est une chose, instrumentaliser la relation à des fins électorales en est une autre ». Mais cette crise soulève bien des questions.

Le gouvernement français estime qu’une ligne rouge a été franchie par Luigi di Maio, qui est, rappelons-le, le leader du Mouvement 5 étoiles en Italie, une organisation populiste fondée par l’humoriste Beppe Grillo. 

Depuis le début de ces tensions, certaines voix se demandent en quoi le soutien des dirigeants de la coalition italienne aux gilets jaunes diffère des incursions que font les leaders politiques d’un pays à l’autre, à chaque campagne électorale. N’est-ce pas tout l’objet de l’Europe, et du Parlement européen, de faire émerger, difficilement d’ailleurs, un espace politique transnational ?

La différence est toutefois évidente entre la participation à un exercice démocratique ouvert et transparent, et le soutien à un mouvement social dont une partie conteste ouvertement les institutions démocratiques. 

Qu’une liste électorale française s’allie aux 5 étoiles italiennes ne diffèrerait pas de l’alliance entre le Rassemblement national de Marine Le Pen et l’autre parti de la coalition à Rome, la Ligue de Matteo Salvini. Mais ça ne justifie ni la venue non annoncée en France, ni les déclarations de Luigi di Maio soufflant sur les braises du conflit social français. On est là hors des clous des pratiques acceptables entre démocraties européennes alliées.

Le gouvernement français a voulu frapper les esprits hier dans l’espoir d’arrêter l’escalade. La réaction apaisante de l’autre vice-premier ministre, Matteo Salvini, hier, montre que le message est peut-être passé en Italie.

Mais il est probable que cette tension durera au moins jusqu’au scrutin européen, car sa première cause est en fait la rivalité entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles en Italie, une concurrence entre alliés qui se fait, notamment, dans la surenchère « antisystème », et donc, le soutien à ce mouvement « antisystème » par excellence que sont les gilets jaunes.

Le mérite de cette mini-crise est de montrer à quel point la poussée populiste et d’extrême droite en Europe vient secouer, et défier, le jeu politique classique. Au risque, parfois, d’entraîner des voisins et amis dans les eaux dangereuses du nationalisme.

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