En répondant, hier, aux vœux du corps diplomatique, le Président de la République a employé, à propos de l’Irak, un mot nouveau, un mot important et ce mot, c’est… « Actif ». Devant les ambassadeurs étrangers, Jacques Chirac a appelé, hier, le président irakien à « coopérer de façon active avec les inspecteurs de l’Onu qui doivent disposer, a-t-il dit, de toutes les facilités et informations nécessaires à l’accomplissement de leur mandat ». Le mot n’a l’air de rien mais si on l’oppose à son contraire, passif, il signifiait que Saddam devrait faire plus que de ne pas mettre d’entraves aux inspections de l’Onu. L’Irak, c’était le message de Jacques Chirac, devrait bien plutôt crever l’abcès, ne plus se contenter d’espérer que les inspections ne donnent rien, mais faire état, de lui-même, de ce qui pose problème dans ses programmes d’armement - autrement dit collaborer activement à son désarmement pour éviter une guerre qui deviendrait autrement inévitable. Saddam entendra-t-il ? On verra mais le fait est que cette collaboration active n’aurait, pour lui, rien d’impossible car tout laisse penser qu’il n’aurait à reconnaître que des virtualités d’armements de destruction massive. A entendre les meilleurs spécialistes du désarmement, des hommes connaissant le dossier irakien, Saddam Hussein a bel et bien tenté de se doter d’armes nucléaires, biologiques et chimiques mais est loin, très loin, de les avoir développées. Dans le domaine nucléaire, il a acquis ce qu’on appelle des « galettes jaunes » d’uranium, base indispensable de la fabrication d’armes atomiques, mais en est resté là. Dans le domaine chimique, les renseignements réunis sont moins clairs mais rien ne laisse voir que l’Irak posséderait des stocks vraiment inquiétants et ce dont il pourrait disposer devrait être en train d’être détruit car les inspecteurs de l’Onu peuvent, à chaque instant, tomber dessus. Dans le domaine biologique, l’Irak s’est procuré 17 tonnes de liquide de culture, seize fois plus qu’il n’en faudrait pour produire, disons des vaccins, mais outre que la durée de validité de ces liquides devrait être aujourd’hui dépassée, on soupçonne qu’ils ont déjà été dispersés et l’on croit même savoir où. Dernier problème, les missiles. Les résolutions de l’Onu autorisent l’Irak à en détenir à condition que leur portée ne dépassent pas les 150 kilomètres. L’Irak en détient donc. Il a la capacité d’augmenter leur portée. Il l’a très vraisemblablement fait pour six d’entre eux qui seraient enterrés sous les sables mais la transformation des autres ne pourrait pas se faire dans un secret qui tienne longtemps. Bref, si Saddam peut représenter, un jour, un danger, s’il ne faut pas le laisser faire, il n’aurait, aujourd’hui, rien de bien concret à perdre en mettant tout sur la table et éviterait, ainsi, l’intervention qui le menace. C’est ce que Jacques Chirac lui a dit, hier, en un mot, par ce seul mot d’« actif » et le reste des propos présidentiels prend ainsi tout son sens. Les armées françaises doivent « se tenir prêtes à toute éventualité », a-t-il pour marquer que la France ne tolérerait pas que Saddam Hussein puisse finir par posséder de telles armes. « Rejetons résolument la tentation de l’action unilatérale », a-t-il ajouté pour rappeler que le but des Nations-Unies était le désarmement de l’Irak, rien que son désarmement et pas le renversement de Saddam, pas la guerre à tout prix.

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