Georges Bush n’est pas seulement candidat à sa réélection dans onze mois. Ancien gouverneur du Texas, l’un des deux Etats, avec la Californie, où se concentre la moitié des 38 millions d’Américains d’origine latino-américaine, il est aussi particulièrement averti de l’importance décisive que cette minorité prend aux Etats-Unis. C’est donc à ce double titre qu’il a annoncé, hier, une modification des lois sur l’immigration qui permettrait aux quelques dix millions de travailleurs étrangers clandestins - des Mexicains pour 70% d’entre eux - d’obtenir des permis de séjour de trois ans renouvelables. Pour Georges Bush, cette proposition n’a que des avantages. En offrant aux clandestins la possibilité de régulariser leur situation et de bénéficier du salaire minimum, le Président américain va les inciter à se déclarer. L’Amérique pourra leur faire payer des impôts, les ficher, les connaître, les expulser aussi plus facilement si la situation de l’emploi venait à le demander. L’Amérique tente de se créer un volant maîtrisable d’immigrés à durée déterminée, de travailleurs en CDD non seulement licenciables mais également expulsables à merci et, politiquement parlant, le candidat Bush s’attire, par ce geste, la sympathie d’électeurs que son parti veut absolument conquérir. Les « latinos », les « hispaniques », les « hispanophones » (le vocabulaire se cherche encore) sont en effet devenus, devant les « Afro-américains », devant les Noirs, la première des minorités américaines. Non seulement ils constituent désormais 13% de la population américaine mais ils multiplient les créations d’entreprises et sont en train de faire des Etats-Unis un pays bilingue car ils conservent l’espagnol qu’ils ont déjà imposé comme seconde langue dans de nombreux Etats du Sud et de l’Ouest. Dans la seule décennie passée, la population hispanique a crû de 58% contre à peine plus de 13% pour l’ensemble de la population américaine et ce mouvement ne s’inversera pas avant longtemps tant les Etats-Unis, leurs emplois et leur niveau de vie, aspirent l’Amérique latine, ses élites comme sa main-d’œuvre. A terme, les Whasps, les Protestants blancs anglo-saxons, pourraient bien avoir à céder au Hispaniques la prédominance sur la plus grande puissance du monde qu’ils avaient étendue, à l’Ouest et au Sud, en repoussant les frontières de l’Amérique latine et catholique. C’est le visage même des Etats-Unis qui pourrait se modifier en quelques générations et les Républicains y sont d’autant plus attentifs que si les Noirs restent acquis aux Démocrates, les Hispaniques basculent, eux, à droite. Trente-neuf pour cent d’entre eux ont voté républicain aux dernières législatives alors que Bill Clinton s’était assuré près des trois quarts de leurs voix en 1996. Pour les Républicains, le vote hispanique est un investissement d’avenir. La Maison-Blanche valait bien l’instauration de ces permis de trois ans dont le premier informé n’a pas été le Congrès américain mais Vincente Fox, le Président mexicain, qui a applaudi Georges Bush.

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