La scène se déroule, hier matin, dans la cathédrale de Varsovie où devrait être célébrée l’entrée en fonctions de Mgr Wielgus, le nouvel archevêque de la capitale polonaise. Le Président de la République assiste à la cérémonie. Le Primat de Pologne, le cardinal Glemp, la préside. Il y a foule mais cette foule vient d’apprendre que le pape a accepté la démission de l’archevêque après qu’il eut reconnu avoir bel et bien collaboré avec la SB, la police secrète des temps communistes, comme toute une partie de la presse l’en accusait depuis des semaines. La tension est extrême et quand le prélat confirme lui-même la nouvelle, en pleine cathédrale, l’assistance se divise. Les uns, dont le Président de la République, applaudissent en signe de satisfaction. Les autres protestent au contraire, lançant « Non ! Non ! Reste avec nous ». Des bagarres éclatent aux alentours de la cathédrale et le Primat, un homme qui avait été nommé par Jean-Paul II, prend alors la défense de Mgr Wielgus, d’un homme qui collaborait avec la SB depuis 1967. Emu, improvisant puisqu’il n’a pas, bien sûr, pas eu le temps de préparer son intervention, le Primat déclare que l’archevêque « a été jugé et condamné sans avocats ni témoins, sur la base, dit-il, de bouts de papiers, de copies de copies » alors qu’il avait été « contraint, ajoute-t-il, à la collaboration par l’omniprésent rouleau compresseur des services communistes ». On ne peut comprendre ni cette scène ni les propose du Primat sans savoir ce qu’était le système communiste. En ces temps-là, personne ne pouvait rien obtenir, ni une nomination ni un passeport ni un permis de construire, sans avoir affaire à la police secrète. On était convoqué ou recevait une visite. Ce contact était immédiatement enregistré et figure, aujourd’hui, dans les archives. Un prêtre qui avait à faire vivre sa paroisse échappait moins que quiconque à cette fatalité et tout se jouait sur le caractère de chacun, ce qu’il disait ou taisait et le rôle qu’il acceptait de jouer – répondre à une convocation ou accepter de devenir un agent actif. D’où le colère de Mgr Glemp et sa dénonciation d’un « jugement sans avocats ni témoins » car, si les contacts de Mgr Wielgus sont établis, leur nature ne l’est pas et, avec le flou, c’est tout le clergé qui pourrait être considéré comme coupable. Et puis, seconde explication, l’actuel gouvernement polonais, la droite nationaliste, a clairement tendance à vouloir utiliser les dossiers de police détenus par l’Institut de la mémoire nationale pour faire le tri entre bons et mauvais Polonais, désigner des coupables en laissant fuir des pièces et, en l’occurrence, faire pression sur l’Eglise en pesant sur ses nominations. D’où cette scission dans la cathédrale, les applaudissements du Président de la République et cette déclaration du Vatican dénonçant une « vengeance contre l’Eglise », une « étrange alliance entre ses persécuteurs du passé et d’autre de ses adversaires » - autrement dit : le gouvernement en place.

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