Il n’a pas moins de dix ou, même, treize points d’avance dans les sondages. L’élan, le « momentum » dit-on en Amérique, qu’il a pris depuis sa victoire de jeudi dans les caucus de l’Iowa est tel qu’Hillary Clinton, pourtant si maîtresse d’elle-même, apparaît aujourd’hui physiquement défaite, visage marqué et réprimant, hier, un sanglot alors qu’elle parlait à des journalistes. Mieux encore, ce ne sont plus seulement les jeunes électeurs qui vibrent pour Barack Obama mais aussi les femmes de plus de cinquante ans, théoriquement acquises à Hillary, et les indépendants, surtout, ces électeurs qui ne se reconnaissent dans aucun des deux grands partis, votent pour l’un ou pour l’autre en fonction du moment et des candidats et bien souvent, le plus souvent, font le résultat des votes. Il n’a pas, déjà, gagné. Les sondages ne sont pas le vote mais, oui, une « obamania » a saisi les Etats-Unis et il suffit d’aller sur une chaîne américaine pour en voir la première raison. Grand, mince, large d’épaules, d’une élégance aussi sobre qu’étudiée, ce quadragénaire n’est pas seulement avantageux de sa personne. Cela seul compterait mais la tranquillité de son assurance, la gravité de ce visage long et plutôt austère, le timbre de sa voix, basse et posée, tout lui donne une allure présidentielle face à laquelle tous ses rivaux, démocrates et républicains, ont un petit air de seconds couteaux. Présidentiel, Obama fait, en plus, et pour cause, jeune président, renouant avec le mythe kennedien, sachant rire et sourire avec une spontanéité désarmante et capable, de surcroît, de répliques définitives et concises, comme son désormais célèbre : « Je ne suis pas contre toutes les guerres. Je suis contre les guerres idiotes ». Ce n’est évidemment pas tout. Fils, comme il dit, d’un père kenyan « noir comme le charbon » et d’une mère américaine « blanche comme le lait », Barack Obama est un ovni de la politique. Il a siégé huit ans, et très activement, au Sénat de l’Illinois avant de représenter, depuis trois ans, cet Etat au Sénat des Etats-Unis. Il ne sort pas de rien mais ne ressemble en rien à aucun des hommes politiques blanchis – si l’on ose dire – sous le harnais washingtonien, même pas, surtout pas, à l’un de ces élus noirs identifiés à sa communauté car sa part noire n’est pas américaine mais africaine, pas inscrite dans la longue et douloureuse histoire des descendants d’esclaves. Obama ne ressemble à rien de connu et c’est son second atout, le plus formidable, car si les Américains se détournent, forcément, du parti de Georges Bush, ils ne sont pour autant pas transportés d’enthousiasme par les Démocrates dont le discours et les propositions se cherchent tout autant que ceux des gauches européennes. L’Amérique veut une rupture, un nouveau départ, une nouvelle page à écrire. Non seulement Obama est l’homme de la situation, the right man in the right place, mais il a si bien compris cette aspiration qu’il se présente partout un candidat du changement, démocrate certes mais candidat au dessus des partis, voulant fédérer toutes les bonnes volontés et unir, réunir, dit-il, l’Amérique pour de « grands changements ». L’obamania n’a rien de mystérieux.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.