Toujours plus pénétré, toujours plus prof, infiniment précis dans son expression et à mille lieux de toute démagogie, Barack Obama était, hier, soir, l’exact contraire de ce qu’est, aujourd’hui, un dirigeant politique. A fortiori aux Etats-Unis, le président d’un grand pays est aujourd’hui supposé réagir dans l’heure à tout événement susceptible de marquer l’opinion mais ce n’est que plus de deux semaines après la tentative d’attentat contre le vol Amsterdam Detroit qu’il en tirait les conclusions dans une déclaration diffusée en direct par les télévisions. Dans un pays démocratique au moins, lorsque le temps médiatique définit le temps politique et que toute question appelle réponse immédiate, un chef d’Etat contemporain est supposé apporter une réponse miracle et définitive à tout nouveau problème, sortir une solution de son chapeau, mais qu’a dit, hier, Barack Obama ? Au lieu de limoger quelques responsables des services secrets, de nommer un M. Sécurité aérienne ou d’annoncer un projet de loi, au lieu de prendre des mesures qui auraient pu faire illusion mais n’auraient rien résolu, au lieu de faire de la « com », comme on dit, il s’est adressé, fidèle à sa règle, à l’intelligence de ses compatriotes. Il a détaillé les erreurs et négligences – manque de coordination, d’attention et de rapidité – qui avaient permis de laisser monter dans cet avion un homme pourtant archi suspect et dont le nom était signalé. Il a déclaré être « moins intéressé par les reproches que d’apprendre de ces erreurs et de les corriger », rappelé qu’il était « responsable quand le système échouait », dit qu’il n’existait pas de « solution miracle » à la menace terroriste et réaffirmé que, dans cette « guerre » avec al Qaëda, ce n’était pas cette « petite bande d’hommes qui veulent tuer des innocents mais nous (les Américains) qui définissons le comportement de notre pays ». Barack Obama a dit, en un mot, que les Etats-Unis ne devaient pas réagir mais agir, ne pas se laisser dicter leur agenda par Oussama ben Laden, faire de la politique, dans la durée, sur le fond, et non pas du coup par coup, dicté par la peur et l’émotion, mais a-t-il convaincu, demandera-t-on ? La certitude est, qu’à faire le contraire, il aurait menti. La certitude est que la démocratie se porterait mieux si les électeurs étaient traités en citoyens et non pas en consommateurs mais, au-delà de ces évidences fondamentales, tentons un premier bilan de Barack Obama. Il devrait avoir bientôt doté tous les Américains d’une couverture médicale, réussi là où tous ses prédécesseurs avaient échoué. Depuis son adresse du Caire au monde musulman, il est devenu nettement plus difficile aux illuminés de l’islamisme de faire des Etats-Unis des ennemis naturels de l’Islam. Sans cette adresse, les Iraniens seraient sans doute aujourd’hui moins nombreux à dénoncer leur régime. Sans l’exigence de ce président, les militaires américains auraient probablement été moins enclins à dire des choses intelligentes et courageuses sur la manière de mener la guerre en Afghanistan et, sans lui, les choses bougeraient moins sur le front israélo-palestinien, puisqu’elles y bougent et que cela pourrait se confirmer sous deux semaines.

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