près d'un million de déplacés en centrafrique
près d'un million de déplacés en centrafrique © reuters
C’est le pire des scénarios qui s’avère. Loin de parvenir à rétablir l’ordre et endiguer le chaos en Centrafrique, l’armée française s’y heurte à l’ampleur des ressentiments et de la méfiance entre la majorité chrétienne et la minorité musulmane et à la complète absence, surtout, de forces nationales sur lesquelles s’appuyer, d’une armée, d’une police, d’une quelconque administration – d’un Etat en un mot. Résultat, jusque dans Bangui, la capitale, et ne parlons pas du reste du pays, les violences intercommunautaires restent constantes. Elles donnent libre cours aux pillages et les soldats français ne peuvent que parer au plus pressé, courir d’un quartier à l’autre pour éviter qu’on n’y relève trop de morts. Cette intervention qui aurait dû aider un pays à se remettre sur pied, organiser des élections et se rebâtir se réduit, de fait, à une opération de police aux effectifs bien trop limités pour être réellement efficace. C’est mieux que rien. Si la France n’était pas intervenue, la situation serait devenue autrement plus épouvantable mais la réalité est que tout est à repenser. Les autorités françaises en sont si conscientes qu’elles travaillent depuis dix jours à la recherche d’une solution politique qui pourrait passer par la mise en place accélérée d’une nouvelle équipe de transition recueillant l’assentiment de tous les Centrafricains ou d’une large majorité d’entre eux. Beaucoup le souhaitent évidemment en Centrafrique. Les Etats limitrophes y poussent et sont prêts à y apporter leur appui car ils craignent d’avoir à faire face à un afflux de réfugiés et que ces troubles ne s’étendent à leurs territoires. Les choses devraient bientôt bouger mais, même en les mettant aux mieux, même si la situation politique se clarifiait bientôt dans un relatif consensus national et régional, il restera à reconstruire, si ce n’est à construire un Etat qui n’a jamais vraiment existé. Il y faudra de l’argent, des hommes, civils et militaires, des médecins, des ingénieurs, des enseignants, une aide massive qui ne soit pas que financière et la France ne pourrait évidemment pas suffire à cette tâche et ne devrait d’ailleurs pas la prendre seule en charge sauf à risquer de vite sembler recoloniser ce pays, ce qui serait simplement désastreux. C’est un effort international qu’exige cette situation mais cet effort ne peut pas se limiter à une aide internationale fournie à des autorités nationales qui resteront longtemps fragiles. Il faut à ce pays un véritable investissement de l’Onu, en casques bleus évidemment mais également en cadres et en administrateurs. Que l’on prononce ou pas ce mot, c’est d’une tutelle onusienne que la Centrafrique a aujourd’hui besoin comme elle avait été nécessaire Kosovo où ses résultats n’ont bien sûr pas été indiscutables mais certainement salutaires. Alors question : serait-ce possible ? Aujourd’hui, non, malheureusement pas. L’Onu n’y est pas prête car ses Etats membres ne le sont pas mais l’idée monte et mérite d’être défendue, non seulement pour la Centrafrique mais pour d’autres Etats faillis aussi et, notamment, pour la Libye où l’anarchie –l’absence de tout vrai pouvoir- s’accroît toujours plus. ### Aller plus loin : [MSF en Centrafrique : l"insécurité nous empêche de faire notre travail](http://www.franceinter.fr/depeche-msf-en-centrafrique-linsecurite-nous-empeche-de-faire-notre-travail) [Un mois d'opération Sangaris en Centrafrique](http://www.franceinter.fr/depeche-un-mois-doperation-sangaris-en-centrafrique)
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