« Ne lâchez rien », écrit le vice-premier ministre italien Luigi di Maio dans une lettre ouverte aux gilets jaunes français. Les dirigeants populistes et d’extrême droite italiens font de la surenchère de soutien aux révoltés français, un élément de leur concurrence acharnée.

Peinture murale à Milan de l'artiste TvBoy : « la guerre des médias sociaux », duel symbolique au smartphone entre Luigi di Maio (à g) et Matteo Salvini (à dr), alliés et rivaux du pouvoir italien.
Peinture murale à Milan de l'artiste TvBoy : « la guerre des médias sociaux », duel symbolique au smartphone entre Luigi di Maio (à g) et Matteo Salvini (à dr), alliés et rivaux du pouvoir italien. © AFP / Miguel MEDINA / AFP

De mémoire d’observateur de l’Europe, il n’y a pas de précédent : des membres d’un gouvernement de l’Union européenne qui encouragent une révolte dans un autre pays de l’Union, c’est du jamais vu ! Au risque de dégrader un peu plus la relation entre la France et l’Italie, qui connaissent leurs plus mauvais rapports depuis plus d’un demi-siècle

Il y a certes eu des critiques publiques, et même des mots sévères, entre dirigeants, entre Emmanuel Macron et Matteo Salvini en particulier. Mais on restait dans un jeu politique relativement classique.

On a passé un cap avec les sorties, hier, des deux vice-premiers ministres italiens, Matteo Salvini, chef de la Ligue d’extrême droite, et Luigi Di Maio, du mouvement 5 étoiles, son partenaire populiste dans la coalition au pouvoir depuis juin dernier. 

Si Matteo Salvini, qui est allié à Marine Le Pen au niveau européen, apporte un soutien prudent aux gilets jaunes tout en condamnant la violence, le leader du Mouvement 5 étoiles n’a pas cette réserve. Luigi di Maio a carrément écrit une lettre ouverte aux révoltés français, en leur demandant de « ne rien lâcher », et en leur proposant le soutien matériel de son mouvement, en particulier sa plateforme de démocratie directe.

Cette sortie est évidemment hors des clous diplomatiques : il est pour le moins ahurissant de voir les dirigeants d’un pays de l’UE soutenir chez leur voisin un mouvement dont une partie veut faire tomber le pouvoir.

Il faut d’abord regarder du côté de la politique intérieure italienne. La Ligue et le Mouvement 5 étoiles sont alliés … et concurrents ; ils sont, dit-on souvent en Italie, le parti au pouvoir et l’opposition en même temps, et leur coalition ne durera que jusqu’au jour où l’un d’eux se sentira assez fort pour la briser. La surenchère entre les deux partenaires dans le soutien aux révoltés français, fait partie d’une posture qui vise à montrer qu’ils n’ont pas perdu leur fibre « antisystème ».

Mais il y a aussi un contexte particulier : les « Cinq étoiles » poussent actuellement une réforme des référendum en Italie, pour permettre des votes de proposition et pas seulement abrogatifs comme c’est le cas actuellement. La Ligue de Salvini est plus réticente, et en faisant en France la promotion de sa doctrine participative, Luigi Di Maio s’adresse en fait à son partenaire et néanmoins rival.

L’enjeu n’est pas seulement intérieur, il est aussi européen : si la Ligue fait partie d’un réseau d’alliances à l’extrême droite, le Mouvement cinq étoiles est isolé. En proposant son aide aux gilets jaunes, il espère faire naître des alliés possibles. 

Au début du mouvement, certains analystes estimaient déjà que les gilets jaunes français ressemblaient beaucoup aux « grillini », les disciples de l’humoriste Beppe Grillo, fondateur du Mouvement cinq étoiles. Certains d’entre eux pourraient se laisser tenter par les sirènes italiennes.

Luigi Di Maio, et dans une moindre mesure Matteo Salvini, soufflent donc sur les braises en France avec des objectifs politiques à courte vue. De quoi faire tanguer un peu plus une Europe sous pression populiste comme jamais auparavant.

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