Les événements du Capitole ont suscité de l’ironie dans les pays autoritaires, souvent la cible de Washington pour leurs manquements démocratiques, laissant sans défense ceux qui, comme les démocrates de Hong Kong, subissent une répression sévère.

Ben Chung (au centre), militant pro-démocratie, est emmené, menottes aux poignets, par deux policiers en civil, mercredi 6 janvier à Hong Kong, dans le cadre d’une vaste rafle d’opposants dans le territoire en principe autonome.
Ben Chung (au centre), militant pro-démocratie, est emmené, menottes aux poignets, par deux policiers en civil, mercredi 6 janvier à Hong Kong, dans le cadre d’une vaste rafle d’opposants dans le territoire en principe autonome. © AFP / Peter PARKS / AFP

Pendant que le monde entier avait les yeux fixés sur les États-Unis, un millier de policiers étaient déployés à Hong Kong pour arrêter 53 figures du mouvement démocratique hongkongais. Anciens députés, activistes de la société civile, ils ont été détenus en vertu de la nouvelle loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin, et qui prévoit la prison à vie.

Ce dernier coup porté à ce qui reste de liberté politique dans le territoire théoriquement autonome, a provoqué de nombreuses condamnations dans le monde occidental. Mais il en est une qui a singulièrement perdu en crédibilité, c’est celle de Mike Pompeo, le chef de la diplomatie de Donald Trump.

C’est peu dire que la crise de la démocratie américaine, provoquée par le propre chef de l’État sortant, a suscité dérision et sarcasmes dans les capitales auxquelles les États-Unis font régulièrement des reproches en matière de démocratie. La Chine au premier rang, mais aussi l’Iran, la Russie, la Turquie ou le Venezuela, que les images de l’assaut du Capitole ont ravi.

Cette ironie est certes un peu facile, mais c’est de bonne guerre, surtout quand des arguments de propagande vous sont servis sur un plateau.

Prenez justement Hong Kong : le pouvoir chinois n’a pas été lent à rappeler qu’il y a dix-huit mois, le Parlement de Hong Kong avait été envahi et saccagé par des manifestants …soutenus par Washington.

Évidemment, dans un cas les manifestants réclamaient plus de démocratie, et dans l’autre ils voulaient stopper un processus démocratique ; mais ça permet à Pékin de dénoncer deux poids, deux mesures de la part de Washington, et de discréditer l’Amérique.

C’est d’autant plus utile à un moment de guerre froide sino-américaine. Dans ce contexte, Pékin met en avant son modèle politique de parti unique, sa gestion de la pandémie et son retour à la croissance; alors que l’Occident démocratique se débat toujours avec le virus et ses conséquences. La Chine est convaincue que son heure est arrivée face à un Occident en déclin, et les images du Capitole la confortent dans cette vision.

L’arrivée de Joe Biden ne changera pas immédiatement la donne. Il va hériter d’un pays fracturé, traumatisé par les derniers événements, avec une partie de l’opinion persuadée qu’il a volé l’élection. « Le monde nous regarde » s’est exclamé le Président-élu mercredi, alors que le Capitole était pris d’assaut par les partisans de Trump.

C’est d’autant plus grave que Joe Biden avait fait de la défense de la démocratie un des axes de sa diplomatie à venir, avec la convocation d’un Sommet de la démocratie dans les prochains mois. Il va d’abord lui falloir rétablir la confiance démocratique chez lui.

Cet affaiblissement de la parole américaine, qui n’est pas nouveau mais s’est singulièrement aggravé dernièrement, laisse sans défense ceux qui, comme les démocrates de Hong Kong, pouvaient espérer un soutien de l’Occident. L’Europe tente de se faire entendre, mais après avoir signé fin décembre un accord très contesté sur les investissements avec Pékin, elle n’a pas non plus la crédibilité nécessaire.

Tout ça nous rappelle que pour servir d’exemple, il faut être exemplaire. L’absence d’exemplarité des démocraties libérales fait aujourd’hui le jeu des autocrates de tous poils. 

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.