Pour me moquer un peu, gentiment je vous rassure, de mes chers confrères journalistes du monde entier. Pourquoi ? Eh bien à cause du ton un poil béat qu'ils adoptent pour parler de ce pape « révolutionnaire », et je cite l'un d'entre eux. Mais je vous laisse juge : dans Le Temps, un quotidien suisse, le journaliste écrit « le dirigeant – il parle toujours du pape – séduit bien au delà des cercles de théologiens et de gouvernants ».

En France, on nous parle « d'un pape François qui ne finit pas d'étonner le monde, que l'on soit croyant ou non ». Même le New York Times participe de cet amour papal débridé : il propose à ses lecteurs de suivre minute par minute le voyage de Sa Sainteté.Le quotidien le plus chic du monde à mis en place un compte de micro blogging sur lequel le journaliste poste des photos et des commentaires tous plus émerveillés les uns que les autres : le pape descend de l'avion, le pape embrasse, le pape étreint.Je reconnais qu'après le panzer pape Benoit XVI et ses cours de théologie à demi-voix, l'argentin Bergoglio est – comment dire rafraichissant. Surtout lorsqu'il dit des chose simple, voire simpliste comme « la famille est l'hôpital le plus proche » à Guayaquil.Ou lorsque, comme toute la presse l'a rapporté, il s'apprête à mâcher des feuilles de coca en Bolivie. Oui, oui, vous avez bien entendu : les Boliviens lui ont proposé un simple thé de feuilles de coca et lui a explicitement demandé à en mâcher. Carrément.…c'est plutôt sympathique, non ?Je ne doute pas que ce soit sympathique et que ça mérite des commentaires. C'est juste ce ton émerveillé qui m'agace. Plutôt que de s'émerveiller, mes confrères feraient aussi bien de travailler : ils se rendraient compte que le pape François n'est pas le premier.Au XIXème siècle, un autre pape, Léon XIII, savait lui aussi apprécier les vertus de la feuille de coca au point d'avoir toujours sur lui une petite fiole de vin Mariani, c'est à dire du vin dans lequel un pharmacien corse avait fait infuser des feuilles de coca.Mais pour revenir sur le ton de grenouille de bénitier de mes chers confrères, je le comprends d'autant moins que la France est sensée être un pays laïque. Je me demande s'ils ne se comportent pas ainsi pour faire pardonner un fait qu'il faut toujours rappeler :La France est un des pays les plus incroyants du monde. Elle partage ce « privilège » - que je mets entre guillemets bien sûr – avec l'ensemble de l'Europe d'ailleurs. Plus de la moitié des Français se déclarent athées ou non-croyants.L'enthousiasme des foules sud-américaines est bien réel, non ?Oui, bien sûr. Même si, là-bas aussi, il y a du boulot pour l'Eglise : entre 1995 et 2013, la proportion de catholiques a baissé de 80 à 67%. Là-bas aussi on marrie des couples gays : en Colombie, en Argentine, au Brésil et l'avortement commence à trouver sa voie.Enfin,pour être tout à fait juste, ou injuste, c'est vrai que pour beaucoup de mes confrères, une visite papale comme celle-là, c'est l'occasion de parler de pays dont on ne parle jamais : l'Equateur, la Bolivie et le Paraguay.Même si là-encore, certains frisent le ridicule. Je passe sur le nombre de fois où les journalistes effarés mesurent l'altitude à laquelle le pape s'aventure : oui Quito est à 2 850 mètres et oui, La Paz, la capitale bolivienne, est encore 1 000m plus haut.J'ai même lu dans un quotidien très respectable que le pape allait rencontrer des « indigènes », c'est-à-dire des Aymaras boliviens, qui ne sont pas des indigènes mais bel et bien un peuple, un vrai dont est issu l'actuel président Evo Morales.En clair, j'ai parfois l'impression qu'avant de s'envoler au côté du pape, mes chers confrères ont relu Tintin et le Temple du Soleil et s'attendent presque à se faire cracher dessus par un lama mécontent. Anthony Bellanger…

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