4 policiers ont été abattus à Dallas en marge d'une manifestation qui, une fois de plus, dénonçait les violences policières envers les Noirs américains...

Par Anthony Bellanger.

On verra dans le cours de la journée si l'un a un rapport avec l'autre, c'est-à-dire si ce quadruple meurtre est une sorte de réponse macabre à la mort de deux Afro-américains cette semaine, tués par des policiers cette fois.

Ce qui est certain, c'est que presque deux ans après les émeutes de Ferguson, en août 2014, dans le Missouri, des émeutes qui avaient suivi la mort par balles policières d'un adolescent noir, Michael Brown, deux ans après donc, rien ne semble avoir changé.

Je veux dire par là que le nombre de victimes noires des mains de la police n'a pas diminué aux Etats-Unis. Par contre, un mouvement de solidarité s'est levé, qui a pris le nom de « Black lives matter ». Un mouvement qui est aujourd'hui national.

Pour bien en comprendre la sensibilité des Américains, il faut avoir en tête un seul chiffre : depuis le début de l'année 566 blancs, noirs ou latinos – ont été tués par balle par la police américaine. En France, à titre de comparaison, il y en a une dizaine.

Et ce sont surtout les Noirs qui sont les victimes de ces violences policières...

Là, pour le coup, il n'y a pas de doutes : un Noir américain entre 25 et 35 ans a neuf fois plus de chances d'être tué par un policier qu'un Blanc du même âge. C'est 15% des victimes, alors que ces jeunes noirs ne représentent que 2% de la population.

Même disproportion dans les prisons américaines. Les Etats-Unis ont déjà de taux d'incarcération le plus important au monde à égalité avec Cuba. Mais en plus, la moitié de leurs prisonniers sont Noirs, alors qu'ils ne sont que 12% de la population américaine.

Alors évidemment, il y a plusieurs façons de voir ses chiffres. Il y a ceux qui expliquent, comme en France Eric Zemmour, que c'est parce que les Noirs ont la violence et la délinquance chevillées au corps qu'ils se retrouvent surreprésentés en prison.

De l'autre côté de l'argumentation, on trouve ceux qui accusent le système judiciaire et policier de discrimination. En clair, d'enfermer les Noirs aux Etats-Unis, les Arabes en France, les Pakistanais et les Jamaïquains en Grande-Bretagne sur des critères raciaux.

Mais presque personne pour souligner ce qui est pourtant une évidence : partout dans le monde, ce sont les plus pauvres qu'on enferme – c'est le cas des Noirs américains – et aussi les derniers arrivés.

Dans les années 30, les prisons françaises étaient par exemple pleines de dangereux Italiens et Polonais, voire de terribles Belges. En clair : les plus pauvres et les derniers arrivés des vagues d'immigration.

Même l'élection de Barack Obama n'a rien changé à cette tendance lourde ?

Pas vraiment, non. Et d'ailleurs les leaders de la communauté noire américaine ont fini par lui reprocher de ne pas avoir assez travaillé pour les siens. Et permettez-moi d'ajouter que cette accusation es particulièrement injuste.

Parce que la grande réussite de l'élection de Barack Obama n'est pas tant d'avoir porté un président noir à la Maison-Blanche. C'est plutôt qu'une majorité des Américains, une majorité blanche, se soit sentie représentée par un Noir... Et bientôt par une femme.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.