Le parti de droite Nouvelle démocratie de Kyriakos Mitsotakis remporte la majorité absolue dans ce premier scrutin depuis la cure d’austérité qu’a traversé la Grèce, infligeant une défaite sans appel au parti Syriza du premier ministre sortant.

Kyriakos Mitsotakis salue ses partisans après avoir voté, hier à Athènes, lors d’un scrutin qui lui a donné le pouvoir avec une  majorité absolue de sièges.
Kyriakos Mitsotakis salue ses partisans après avoir voté, hier à Athènes, lors d’un scrutin qui lui a donné le pouvoir avec une majorité absolue de sièges. © AFP / Aris MESSINIS / AFP

Il y a quelque chose d’implacablement logique, mais en même temps injuste, dans la défaite d’Alexis Tsipras aux élections législatives grecques d’hier, remportées par la droite classique dirigée par Kyriakos Mitsotakis.

Logique car il s’agissait des premières législatives depuis bientôt cinq ans, c’est-à-dire depuis la cure d’austérité dramatique imposée aux Grecs par leurs créanciers. L’électrochoc qu’ils ont subi a été brutal, humiliant, et il devait y avoir un contrecoup politique.

Logique aussi car Alexis Tsipras, à la tête de Syriza, une coalition de partis à la gauche de la gauche lors de son élection en 2015, a effectué une de ces volte-face politiques qui fait des dégâts. Il s’était fait élire pour résister au diktat de l’Europe et du FMI, et avait même fait adopter par référendum un rejet du plan d’austérité ; pour se transformer ensuite en bon exécutant de ce plan. Une partie de ses alliés ont claqué la porte de Syriza, mais le premier ministre a tenu son cap, jusqu’à ce jour.

Mais c’est aussi injuste, car cette « trahison » d’Alexis Tsipras a permis à la Grèce de surmonter sa plus grave crise depuis le retour à la démocratie en 1975. Le leader de Syriza espérait être jugé sur son bilan : la Grèce est sortie l’an dernier de la tutelle européenne en restant au sein de la zone euro, elle affiche un retour à la croissance après huit ans de chute de la richesse nationale ; et le chômage a baissé de neuf points même s’il reste encore très élevé.

Mais les électeurs ne jugent pas sur des chiffres, ils jugent sur leur vécu. La classe moyenne, en particulier, a subi un profond sentiment de déclassement, et a payé en impôts le prix de ce redressement. Elle est en colère, et l’a montré hier.

Alexis Tsipras aura donc été, au prix d’un reniement, l’homme qui a permis de surmonter une crise dans laquelle, de surcroit, il n’avait aucune responsabilité. Mais la politique est un jeu cruel, et il aura juste pu sauver l’honneur avec un tiers des voix.

Autre paradoxe de ce scrutin, le pouvoir revient à l’héritier d’une des grandes familles politiques qui portent une lourde responsabilité dans la gestion passée. Mais Kyriakos Mitsotakis a réussi à convaincre qu’il incarnait non seulement un renouveau politique, mais une alternative libérale à un moment où il fallait relancer l’économie, attirer des investissements.

A la tête du parti Nouvelle Démocratie, Mitsotakis a désormais les mains libres. Il dispose d’une majorité au Parlement, après des années de coalitions bancales ; et il bénéficie d’un accueil favorable dans les milieux économiques internationaux.

Il y a dans cette élection un retour à une vie politique plus « normale » en Grèce, avec une alternance entre des partis de gouvernements ; et la marginalisation de l’extrême droite et des néo-nazis, qui espéraient profiter de la descente aux enfers, ainsi que de la vague nationaliste sur la question de la Macédoine. Ce ne fut pas le cas, et c’est la meilleure nouvelle de cette élection historique.

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