Ce n’est pas mieux ailleurs qu’en France. C’est dans tous les pays de l’Union que le taux d’abstention aux élections européennes de dimanche s’annonce plus élevé que jamais pour les mêmes raisons que toujours. La première est que les institutions européennes sont non seulement trop neuves pour être déjà familières aux citoyens de l’Union mais qu’elles évoluent aussi sans cesse pour s’adapter aux évolutions de l’unité européenne, à son élargissement comme à son approfondissement. A peine croit-on savoir comment fonctionne l’Union, ce que sont, en l’occurrence, les pouvoirs de son Parlement que, déjà, la donne change et l’on atteint, cette fois-ci, à la caricature puisque c’est seulement la semaine prochaine, après les élections, que les Etats-membres se mettront ou non d’accord sur le projet de Constitution élaboré il y a un an. La construction européenne est un processus de négociation permanente où sont, à la fois, en jeu les grands principes et les intérêts du moment, les gros sous et le grand débat entre Europe fédérale et Europe des Etats. Cela facilite d’autant moins la compréhension des citoyens que, deuxième raison, de cet abstentionnisme massif, les dirigeants nationaux ne font, partout, que peu d’efforts, pas du tout en fait, pour clarifier les choses. Ils s’en abstiennent car, au Nord comme au Sud, au pouvoir comme dans l’opposition, tous répugnent à dire que leur rôle diminue sans cesse, que les décisions se prennent de plus en plus à Bruxelles et de moins en moins dans les capitales nationales, que les élections européennes deviennent tout aussi importantes et, tendanciellement, plus encore que les élections nationales. Troisième raison, enfin, de ces niveaux d’abstention, alors que les électeurs peuvent voir le résultat de leurs votes nationaux, les majorités qui basculent, les têtes qui changent, celui des européennes est beaucoup moins lisible car le pouvoir est partagé, dans l’Union, entres les dirigeants des Etats-membres et ceux de l’Union, députés européens et membres de la Commission. Rien, en un mot, ne jette les électeurs européens vers l’isoloir quand tout, pourtant, devrait les y pousser et, d’abord, la logique. Même en Grande-Bretagne, il n’y a pas de majorité favorable à un abandon de la construction européenne. Partout, les Européens voient leur unification comme un progrès et une nécessité. Alors si c’est le cas, et ça l’est bel et bien, le devoir des citoyens est de lire, s’informer, interroger, de s’attacher à comprendre des enjeux institutionnels en fait aussi clairs qu’importants. Comme la démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas, la citoyenneté se mérite et l’on ne peut pas considérer, en second lieu, que l’Europe est trop ceci ou pas assez cela et ne pas exercer son droit de vote. C’est aussi absurde qu’il le serait de ne pas aller voter parce qu’on est mécontent d’un gouvernement en place. Composée de démocraties, l’Union est une démocratie mais elle ne sera ce que veulent ses citoyens qu’à condition qu’ils la fassent telle qu’ils la souhaitent, par leurs votes et leurs engagements – en ne s’abstenant pas.

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