« Une absence de décision est une décision », déclarait, hier, le Président polonais, Alexandre Kwasniewski, et c’est ce vers quoi on s’oriente. Plutôt que de chercher un introuvable consensus, les capitales européennes sont en train de se résigner à ce que le prochain Conseil européen constate, les 16 et 17 juin, qu’il y a incertitude, crise, que certains Etats veulent geler le processus de ratification, que d’autres veulent le poursuivre et qu’on verra, donc, plus tard. C’est en fait tout vu. D’ores et déjà, une autre période s’ouvre pour l’Union européenne, une période dans laquelle il n’y aurait pas plus de sens à continuer d’espérer que ce projet puisse être sauvé qu’à continuer de se réjouir de sa mort. D’ores et déjà, et quoi qu’on pense du passé, le principe de réalité commande de se tourner vers l’avenir, de se demander, autrement dit, comment éviter que le naufrage de la Constitution n’entraîne toute l’Union vers le fond. C’est le seul débat qui compte aujourd’hui mais, s’il y a des pistes, aucune n’est encore claire et encore moins sûre. La première chose à faire serait de ne pas ajouter une crise budgétaire à la crise institutionnelle et politique. Le Luxembourg, le pays qui assure la Présidence de l’Union jusqu’au 30 juin, plaide en ce sens. Actif, pressant, le Luxembourg voudrait que le Conseil parvienne à un accord sur le budget 2007-2013 dès sa réunion de la semaine prochaine. La tâche est rude car, tous unis, les grands pays et les plus gros contributeurs par tête d’habitant voulaient limiter les dépenses à 1% du Produit intérieur brut de l’Union tandis que les nouveaux pays, les plus pauvres, comme la Commission, garante de l’intérêt général, voudraient qu’on fasse plus pour pouvoir mettre les entrants à niveau. Le Luxembourg a proposé un compromis. L’Allemagne se dit prête à faire un geste. La France suivrait sans doute malgré ses difficultés intérieures mais reste la question de la ristourne britannique, arrachée par Margaret Thatcher au motif que son pays bénéficie peu de la Politique agricole. Tony Blair refuse d’abandonner cet avantage, malgré les pressions des 24 autres pays membres. Accepterait-il, au moins, d’en négocier le montant ? Cela ne semble plus totalement exclu depuis hier car il prend la présidence de l’Union le 1er juillet et voudrait maintenant faire de la Grande-Bretagne la locomotive de l’Union, en lieu et place de la FrancAllemagne. On verra mais, en tout état de cause, il ne suffirait pas d’éviter d’ajouter une crise à l’autre. Il faudrait, surtout, avancer, et deux choses seraient, là, possibles. La première serait que le Conseil décide de se doter, comme la Constitution le prévoyait et comme personne n’en conteste la nécessité, d’une présidence fixe élue pour deux ans et demi renouvelables. Rien ne le lui interdirait. Il ne lui reste qu’à le faire. La seconde chose serait de multiplier les coopérations renforcées, entre Etats désireux d’aller plus vite et plus loin, de le faire dans les domaines de la recherche, de l’éducation supérieure et des projets industriels et de donner, parallèlement, une forte impulsion à la Défense commune, premier des ciment politiques, nécessaire et porteur d’avenir. Y parviendra-t-on ? Il faut le prôner, ne pas laisser le vide s’installer.

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