Les Etats-Unis ont aujourd’hui, beaucoup de difficultés. Sans même parler de l’impasse irakienne et des coups qu’elle porte à leur image, ils font face à un déficit budgétaire sans précédent, à une augmentation du prix de l’essence particulièrement ressentie dans un pays où l’on ne peut rien faire sans voiture, à de profondes divisions sur la question de l’immigration, à une formidable poussée des gauches en Amérique latine contre laquelle ils ne peuvent rien ou encore à l’intransigeance iranienne avec laquelle ils enragent de devoir composer. Cette semaine, c’est pourtant un tout autre sujet, le mariage homosexuel, qui domine la scène politique américaine. Rien de plus fondamental ? Non, rien car, au plus bas dans les sondages et confronté au risque de perdre l’une des deux Chambres, voire les deux, aux élections parlementaires du 7 novembre, Georges Bush a décidé de relancer l’idée d’amender la Constitution afin de lui faire explicitement dire qu’un mariage était l’union d’un homme et d’une femme - donc pas d’un homme et d’un homme ou d’une femme et d’une femme. Cette offensive a aussitôt fait long feu puisque le Sénat n’a pas trouvé, hier, la majorité des deux tiers qui aurait permis l’adoption de cet amendement. Georges Bush s’en est dit « déçu » mais, échec ou pas, ses conseillers politiques sont ravis car ils sont convaincus que leur Président à tout à gagner à s’être remis en première ligne sur le mariage gay. Les Républicains, pensent-ils, pourront ainsi faire campagne en défenseurs de la famille contre des Démocrates beaucoup plus discrets et nuancés sur ce sujet. Ils pourront surtout, ont-ils plaidé auprès de Georges Bush, resserrer derrière eux les rangs de la droite religieuse, du cœur de l’électorat républicain, et éviter les abstentions que l’Irak pourrait susciter jusque dans ces milieux-là. Les stratèges républicains considèrent que le mariage gay est une bonne affaire pour eux mais est-ce si certain ? Beaucoup d’analystes américains et, même, d’élus républicains ne le croient pas. Outre, font-ils remarquer, qu’il y a autant d’homosexuels à droite qu’à gauche, outre que la propre fille du vice-Président Cheney est une homosexuelle militante et que cet ultra conservateur, signe des temps, ne veut pas se désolidariser d’elle, outre donc que cette campagne peut faire des dégâts à droite, la bataille contre le mariage gay associe trop la Maison Blanche aux intégristes chrétiens pour ne pas irriter, et rebuter, tout une partie de l’électorat centriste dont les voix sont indispensables aux Républicains. Le problème, pour Georges Bush, est que tout le monde dit vrai. S’il ne donne pas de gages à la droite chrétienne, elle ne se mobilisera pas pour lui et il perd les élections. S’il fait front avec les intégristes, il perd le centre-droit et perd les élections. Derrière l’artificielle bataille du mariage gay, il y a une réalité politique de taille. Georges Bush ne sait plus quoi faire, et ne pas faire, pour ne pas se retrouver, en novembre, face à un Congrès démocrate qui le réduirait à l’impuissance.

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