Ca partait mal et ça finit plutôt mieux. A l’ouverture de ce sommet du Groupe des huit pays les plus industrialisés, les Etats-Unis et la Russie semblaient au bord de la Guerre froide à propos du projet américain de déploiement d’un système anti-missiles en Europe centrale ; l’Europe et les Etats-Unis étaient en désaccord ouvert sur la question du réchauffement climatique et la Russie menaçait l’Europe et les Etats-Unis d’un veto au Conseil de sécurité sur l’indépendance du Kosovo. C’était, en un mot, tous contre tous, pugilat et confusion, mais tout le monde, « at the end of the day », dirait-on en anglais, au bout du compte, a souhaité faire baisser et non pas augmenter la tension. Européens et Américains ont habillé leur divergence sur le climat d’un compromis verbal qui fixe une date, 2050, à la réduction de moitié des émissions de gaz à effet de serre des pays du G-8 mais ne leur impose pas cet objectif qu’ils se contentent « d’envisager sérieusement ». Comme l’exigeaient les Européens, la gravité du problème a été reconnue et le rôle des Nations Unies dans sa solution a été acté. Comme l’exigeaient les Américains, l’application de cette décision demeure dépendante de discussions sur les moyens de la mettre en œuvre et des mesures que prendront ou non les pays émergeants. Nicolas Sarkozy va sans doute vite en parlant « d’avancées significatives » mais, oui, c’est mieux que rien et il y a contribué et le Président français a, parallèlement, esquissé une possibilité de compromis sur le Kosovo. Plutôt que d’aller à un désaccord au Conseil de sécurité et aux incertitudes qui s’ensuivraient, a-t-il proposé, demandons à la Russie d’admettre l’inéluctabilité de l’indépendance de la province serbe et donnons, ensuite, six mois de plus aux Serbes et aux Albanais du Kosovo pour s’entendre sur les voies et les conditions de cette indépendance. La proposition française aurait pour effet de soumettre les Serbes à une pression russe, les Albanais à une pression occidentale et de permettre à chacun de sauver la face en se faisant l’avocat d’une raison commune. On verra ce que ça donnera mais il y a une piste et c’est, enfin, sur le dossier du bouclier anti-missiles que le G-8 a opéré sa percée la plus sérieuse. A la stupeur de Georges Bush, Vladimir Poutine lui a annoncé, hier, qu’il pourrait se rallier à ce projet de bouclier à condition qu’il soit déployé en Azerbaïdjan et non plus en Europe centrale, à proximité de l’Iran et non plus aux confins de la Russie. « Suggestion intéressante », a rétorqué Georges Bush qui tiendrait là le moyen de ne pas reculer, d’apaiser les craintes européennes et de renouer une alliance stratégique avec la Russie. Tout s’est passé à Heiligendamm comme si Vladimir Poutine avait voulu éviter l’aventure d’une rupture avec les Occidentaux tandis que Georges Bush, en chute libre dans les sondages, ne s’était pas senti en position de nouvelles tensions avec l’Europe.

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