Cela semblera paradoxal, mais l’Europe existe. Ses électeurs ont massivement boudé les urnes. Ils ont ainsi dit confirmé qu’ils ne lui faisaient guère confiance pour faire face à la crise mondiale, qu’ils ne comprenaient plus rien ni à ses institutions ni à sa finalité, mais il n’y a, paradoxalement, pas de preuve plus éclatante de son unité politique, à la base, de la réalité de mouvements d’opinion paneuropéens, que le résultat de ces élections, partout marqués par un même phénomène qui ne se limite pas à l’abstention. La gauche les a remportées en Suède, en Slovaquie, à Malte, en Grèce mais, dans l’ensemble, c’est toute la gauche européenne qui boit la tasse, marquant un moment politique européen aussi net et commun que lorsque la gauche dominait l’Union, à la fin des années 90. Comme dans un seul pays, l’alternance est générale. En France, on sait : prise entre l’UMP et Europe Ecologie, la gauche est apparue, hier soir, perdue, désemparée, mais que dire d’autre du PSE, du parti socialiste européen, qui aura plus d’une centaine de députés de moins que le PPE, le Parti populaire européen, la droite, au Parlement de Strasbourg ? En Grande-Bretagne, la débâcle est si terrible que Gordon Brown, le Premier ministre, pourrait ne pas y survivre. En Italie, malgré les scandales financiers et sexuels dans lesquels nage Silvio Berlusconi, ses alliés de la Ligue du Nord et lui remportent ensemble 20% de voix de plus que la gauche. En Espagne, la droite devance la gauche au pouvoir de près de 4 points, infligeant sa première défaite au Président du gouvernement socialiste, José Luis Zapatero, pourtant confortablement réélu l’année dernière. Au Portugal, les socialistes au pouvoir perdent 18 points par rapport aux dernières européennes et sont largement devancés par la droite. En Pologne, les gauches unies confirment avec un maigre 12% leur quasi disparition de l’échiquier politique au profit de la droite, centre-droit libéral et droite conservatrice. En Allemagne, la démocratie chrétienne devance les sociaux-démocrates de quelques 17 points tandis que la gauche de la gauche, Die Linke, ne fait pas mieux qu’en France mais que les Libéraux doublent ou presque leur dernier score avec 11% des voix. C’est un mouvement d’ensemble, paneuropéen, qui fait apparaître un électorat paneuropéen, beaucoup plus uni qu’on ne le dit. Cela ne signifie qu’une chose. Bien au-delà des problèmes de tel ou tel parti, tous les électeurs européens viennent de réagir de la même manière. Face à une crise mondiale qui justifie, pourtant, toutes les dénonciations des dérives libérales par la gauche, ils ont préféré des droites recentrées qui redécouvrent l’Etat et l’interventionnisme à des gauches dont les propositions ne sont pas claires. Tant que les gauches européennes ne se résoudront pas à se battre ensemble, derrière des candidats communs et un programme de réinvention de la portection sociale, pour conquérir le pouvoir à Bruxelles et à y recréer une puissance publique à même de peser dans un marché mondialisé, elles ne retrouveront ni identité propre ni force de séduction. Cela est vrai dans toute l’Europe car, confrontés aux mêmes problèmes, l’électorat paneuropéen a, partout, les mêmes réactions.

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