Exportatrice de déflation depuis trois décennies, la Chine pourrait en venir à exporter de l’inflation, une hausse des prix au lieu de leur baisse. Depuis qu’elle est devenue l’usine du monde en se convertissant au capitalisme et s’ouvrant aux investissements étrangers dans les années 80, la Chine n’a pas fait qu’inonder les cinq continents de produits bon marché, T-shirts et autres. Elle a aussi contribué à contenir les prix des produits les plus sophistiqués grâce à ses chaines de montage où ses ouvriers étaient payés dix, douze, quinze fois moins qu’en Europe ou aux Etats-Unis ce qui a jugulé l’inflation occidentale et exercé une formidable pression sur les salaires américains et européens en entretenant la menace des délocalisations. Pour le plus grand bonheur des libéraux, la Chine aura été un acteur décisif de la révolution idéologique qui avait fait sortir les grandes démocraties d’un modèle fondé sur des hauts salaires et une consommation de masse pour les faire entrer dans une ère de baisse des revenus du plus grand nombre et d’essor des dividendes et des bénéfices industriels. En s’éveillant, s’industrialisant et s’enrichissant, le plus peuplé des pays du monde a écrit une page de l’histoire économique et sociale mais ce qui devait fatalement se produire un jour est, peut-être, en train d’advenir. Les salaires montent en Chine. Ils augmentent grâce à des grèves dures comme celles qui ont conduit, vendredi, le constructeur d’automobiles Honda à augmenter de 24% ses salariés d’une usine de pièces détachées. Ils se sont envolés de pratiquement 100% sur les chaines du groupe taïwanais Foxconn, fournisseur de Dell, Apple et Hewlett-Packard, qui avait du faire face à une vague de suicides de ses salariés. Ils sont, enfin, administrativement rehaussés par les municipalités et les régions chinoises qui sont en train de donner de vrais coups de pouce aux salaires minimums par crainte d’une extension des troubles sociaux. Tout pousse, soudain, les salaires chinois vers le haut, des hauts bien relatifs de 115 euros de minimum mensuel à Pékin et 134 à Shanghai mais des hausses qui traduisent une tendance et vont de plus en plus peser sur les coûts de production de ce pays confronté, maintenant, à trois phénomènes qui jouent classiquement en faveur du travail. Le premier est que l’embauche devient plus difficile car le dynamisme de la croissance et la réduction autoritaire du taux de natalité raréfient une main-d’œuvre qui, désormais, peut augmenter ses exigences. Le deuxième est que la constitution, sur la côte notamment, des grands centres de production fait naître une solidarité et une culture ouvrières, exactement comme les mines françaises du XIX°. Quant au troisième, il est que la naissance de classes moyennes a développé des industries de service dont les emplois sont plus recherchés et concurrencent les industries de transformation. Si l’on ajoute à cela que le pouvoir central veut favoriser l’essor d’industries de pointe pour faire franchir une nouvelle étape à l’économie chinoise, un nouvel horizon s’ouvre. La concurrence chinoise va lentement devenir moins rude mais l’inflation risque d’en être dopée alors même que la tentation grandit de la laisser filer pour résorber la dette des Etats.

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