La Turquie a aidé le gouvernement de Tripoli a repousser l’offensive du maréchal Haftar ; son influence croissante inquiète aujourd’hui ses rivaux dans la région, ainsi que la France.

Scènes de joie des soldats de Tripoli, soutenus par la Turquie, après leurs victoires sur les forces du maréchal Haftar venues de l’Est, vendredi 5 juin.
Scènes de joie des soldats de Tripoli, soutenus par la Turquie, après leurs victoires sur les forces du maréchal Haftar venues de l’Est, vendredi 5 juin. © AFP / VOLCANO OF RAGE OPERATION / hand / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

La guerre en Libye, à quelques encablures des côtes européennes, fait rarement les gros titres ; et pourtant, son internationalisation menace de provoquer une crise majeure en Méditerranée orientale impliquant la France.

Au niveau superficiel, on pourrait ignorer les péripéties, comme la déroute que vient de subir le maréchal Khalifa Haftar, le dirigeant d’une armée basée dans l’Est de la Libye, dans sa tentative de capturer Tripoli. Ses forces étaient aux portes de la capitale, mais elles ont aujourd’hui perdu une bonne partie du terrain conquis, et sont menacées dans la ville-clé de Syrte.

Mais l’enjeu dépasse considérablement le sort des chefs de guerre, car le conflit a pris une dimension internationale. Haftar avait pu avancer grâce au soutien principal des Émirats arabes unis et de la Russie ; le gouvernement de Tripoli a pu contre-attaquer grâce à l’aide décisive de la Turquie et du Qatar. 

C’est cette équation qui menace aujourd’hui les équilibres en Méditerranée orientale, et qui rend un règlement du conflit libyen indispensable.

C’est la Turquie qui est au centre de cette nouvelle poussée de fièvre, car en cas de succès du gouvernement de Tripoli, Ankara en tirera un bénéfice qui inquiète ses rivaux régionaux.

Le Président turc Erdogan a mis des moyens considérables dans cette offensive, afin de sortir le grand gagnant ; non seulement en terme d’influence à Tripoli, mais aussi dans le bras de fer, beaucoup plus important, qui entoure l’accès aux réserves d’hydrocarbures en Méditerranée orientale.

Samedi, s’est tenue au Caire une importante réunion autour du Président égyptien Al Sissi, avec la participation d’Haftar, mais sans le gouvernement de Tripoli. 

Ils ont annoncé une initiative de paix d’autant moins crédible qu’elle survient après l’échec de l’offensive des hommes d’Haftar. Mais leur but est surtout de placer la Turquie sur la défensive, en la faisant apparaître pour celle qui refuse la paix.

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan manœuvre dans des eaux très troubles, et en tentant d’éviter les écueils trop importants.

Mais c’est de manière inattendue la France, soutien discret d’Haftar et alliée majeur des Émirats arabes unis, qui se dresse aujourd’hui sur le chemin de la Turquie. A Paris, on aligne une longue liste de griefs contre le Président turc, en estimant que son investissement considérable en Libye crée une « pression stratégique » inacceptable sur l’Europe.

En février, la France a envoyé le porte avion Charles de Gaulle en Méditerranée orientale, juste avant qu’il soit gagné par le coronavirus, dans une démonstration de force en direction de la Turquie …dont des navires d’exploration gaziers avaient été repérés dans la zone économique de Chypre, pays-membre de l’Union européenne. Un face à face inhabituel, et périlleux, entre deux pays appartenant à la même alliance militaire, l’Otan.

On le voit, derrière le combat des chefs de guerre libyens, ce sont des enjeux de puissance qui se déroulent en Méditerranée orientale. Si la Turquie pousse encore son avantage, les tensions sous-jacentes risquent de se transformer en crise ouverte, avec tous les risques d’escalade.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.