Les relations transatlantiques sont apaisées depuis le départ de Donald Trump, et la visite de Joe Biden sera sans dramaturgie. Néanmoins, des interrogations demeurent chez les Européens, traumatisés par les années Trump.

Joe Biden débarque cette semaine en Europe pour une visite à ses alliés, enchaînant un G7, l’Otan, l’UE, avant de conclure avec un Sommet avec Vladimir Poutine, le 16 juin à Genève.
Joe Biden débarque cette semaine en Europe pour une visite à ses alliés, enchaînant un G7, l’Otan, l’UE, avant de conclure avec un Sommet avec Vladimir Poutine, le 16 juin à Genève. © AFP / ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Difficile de croire qu’il y a seulement six mois, les relations entre les deux rives de l’Atlantique étaient empreintes de profonde méfiance et de constante irritation. Joe Biden arrive cette semaine en Europe pour une série d’événements diplomatiques (G7, Otan, UE) tellement apaisés qu’on en regretterait presque la dramaturgie de Donald Trump ! Sauf pour son dernier jour sur le continent, puisqu’il rencontrera le 16 juin à Genève Vladimir Poutine, un Sommet qui risque d’être plus proche de la brutalité du monde actuel que de la routine diplomatique.

Joe Biden a fait tout ce qu’il fallait pour renouer une relation à l’ancienne avec ses alliés européens. On revient de loin. Pour son premier sommet de l’Otan, Donald Trump avait qualifié l’alliance atlantique d’« obsolète ». En 2019, c’est Emmanuel Macron qui parlait de « mort cérébrale » à propos de l’alliance militaire dirigée traditionnellement par Washington. En 2021, tout-va-bien, l’Alliance a retrouvé la confiance, même la France jure que la souveraineté européenne qu’elle appelle de ses vœux est totalement compatible avec l’Otan.

S’il est incontestable que Joe Biden et son équipe ont vite rétabli la confiance, il n’en reste pas moins que derrière le slogan « America is back », il y a encore quelques sujets d’inquiétude.

Ces sujets sont de deux ordres. Si Joe Biden renoue avec le concept d’alliance, c’est au nom du leadership américain : il y a de vieilles habitudes unilatérales qui demeurent, on n’est pas une superpuissance pour rien. Un exemple, le retrait d’Afghanistan décidé par le président américain, qui a mis les pays européens qui ont encore des troupes sur place devant le fait accompli.

L’autre crainte est l’obsession chinoise des États-Unis. Les Européens partagent les critiques américaines vis-à-vis de Pékin sur toute une série de sujets, y compris les droits de l’homme ; mais ils ne veulent pas se trouver embarqués dans une nouvelle guerre froide qui est aujourd’hui le seul sujet qui unisse Républicains et Démocrates au Congrès. L’agressivité de Pékin n’aide pas, et pousse les Européens vers la ligne américaine et une polarisation mondiale plus forte.

Et même sur le sujet de la démocratie sur lequel Joe Biden met l’accent -il emploie pas moins de treize fois le mot dans une tribune au « Washington Post » sur son voyage en Europe- il y a un messianisme américain qui n’a pas toujours été de bon conseil.

Entre Trump et Biden, les Européens gagnent au change, c’est incontestable. Mais les événements des derniers mois aux États-Unis laissent des traces. Un sondage dans onze pays réalisé par le German Marshall Fund montre qu’il n’y a pas d’« effet Biden » dans les opinions européennes, comme si elles redoutaient que les démocrates ne soient qu’un intermède entre Trump et… Trump, ou un autre nationaliste.

C’est toute l’ambiguïté du rapport des Européens à l’Amérique : ils s’agacent quand ils sont trop présents et s’inquiètent quand ils s’éloignent. C’est aussi la limite du discours français sur l’autonomie stratégique européenne : tout le monde est pour, à condition que ça ne fasse pas partir le grand frère américain. 

C’est plus fort encore quand il a le visage amical de Joe Biden, comme on le verra dans les prochains jours sur le sol européen.

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