Reçu à la Maison-Blanche, Ariel Sharon vient d’entamer ses entretiens avec Georges Bush. A Washington, c’est le milieu d’après-midi. En Israël, il est près de onze heures du soir et c’est à ce moment précis que les premiers témoins font état d’une forte explosion à Rishon Letzion , au sud de Tel Aviv. On parle, d’abord, de « nombreux blessés », puis de vingt, puis de trente, puis de quarante, puis d’un mort, puis de quinze, puis de nombreuses personnes enfouies sous les décombres de cette salle de billard. Dans l’antichambre du Bureau ovale, les conseillers d’Ariel Sharon se demandent s’ils doivent prévenir leur Premier ministre, interrompre les discussions, puis la police israélienne confirme qu’il s’agit bien d’un attentat suicide et le réel fait irruption entre les deux plus célèbres fauteuils du monde, ceux que le Président américain utilise pour ses entretiens officiels en tête-à-tête. C’est comme si la bombe venait d’exploser, là, devant la cheminée, au beau milieu de la plus serrées des parties. A ce moment là, Georges Bush était en train d’expliquer à Ariel Sharon que, non, les Etats-Unis n’acceptaient pas de récuser Yasser Arafat comme interlocuteur politique, qu’ils n’avaient pas confiance en lui mais qu’il était le dirigeant des Palestiniens, choisi par eux, que c’était donc avec lui qu’il fallait négocier, exiger de lui de profondes réformes de l’Autorité palestinienne mais aller avec lui vers la coexistence de deux Etats, de part et d’autre des frontières de 1967. Ariel Sharon, de son côté, a sous le bras les documents saisis pendant l’opération Rempart et prouvant, d’après les dirigeants israéliens, l’implication personnelle de Yasser Arafat dans l’organisation des attentats terroristes. Il va plaider la mise à l’écart du Président palestinien. Il va le faire avec insistance mais pour la forme car il sait que la position américaine est arrêtée. Il sait qu’il n’ébranlera pas Georges Bush qui s’est engagé auprès des Saoudiens à œuvrer à la création d’un Etat palestinien sur l’ensemble des Territoires occupés mais il sait aussi qu’il a un terrain d’accord avec son hôte. Le Président américain comme le chef du gouvernement israélien souhaitent en effet tous les deux, comme première étape au moins, que les services de sécurité palestiniens soient unifiés, un seul corps, un seul chef auquel on puisse demander des comptes, que les responsabilités au sein de l’Autorité palestinienne soient clarifiées afin que les pourparlers, quels qu’ils soient, aient un semblant d’ordre, bref que Yasser Arafat réforme son mode de direction comme l’y appellent ailleurs certains de ses proches, dont le très puissant patron de la sécurité à Gaza. C’est l’accord minimum sur lequel devaient déboucher ces entretiens de la Maison-Blanche mais l’attentat va-t-il changer quelque chose à ce scénario ? Va-t-il rapprocher les points de vue ? Il n’en sera rien. Georges Bush exprime son « dégoût » pour ce nouvel acte terroriste mais n’en redit pas moins, devant Ariel Sharon et la presse, qu’il faut un Etat aux Palestiniens. « Prématuré », répond Ariel Sharon. Entre ces deux hommes, jour après jour, la relation se tend.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.