Depuis vendredi, la Pologne a deux vice-premiers ministres, représentant l’un et l’autre des partis d’extrême droite. Il est arrivé au premier, Andrzej Lepper, fondateur et leader charismatique du mouvement Autodéfense, Samoobrona en polonais, de trouver des vertus à la politique économique d’Adolf Hitler et de proclamer son admiration pour Alexandre Loukachenko, le dictateur néo-communiste de la Biélorussie. Le second, Roman Giertych, président de la Ligue des familles polonaises, s’était fait élire eurodéputé pour « sortir, disait-il, la Pologne de l’Union européenne » et dirige une formation nationaliste qui combat le « relativisme moral », l’avortement et les mouvements de défense des homosexuels contre lesquels ses jeunes militants font le coup de poing. Il y a quelques mois encore, personne n’aurait imaginé en Pologne que ces deux hommes puissent se voir confier de si hautes responsabilités mais ce coup de théâtre devenait presque inéluctable depuis 1989. A l’époque, lorsque la Pologne devient le premier pays du bloc soviétique à organiser des élections libres, c’est le parti formé par les intellectuels de Solidarité qui remporte la majorité. Tout auréolés du courage et de la persévérance de leur opposition au régime communiste, ces hommes, Tadeusz Mazowiecki, Bronislaw Geremek, Jacek Kuron, tant d’autres encore, sont pour la plupart de gauche, de sensibilité social-démocrate ou chrétienne sociale. La Pologne est derrière eux mais la tâche qui leur incombe est gigantesque. Il leur faut en même temps sortir le pays de sa faillite économique et jeter les bases d’une économie de marché. Comment faire ? Personne n’a jamais eu à faire cela. Personne n’en sait trop rien sauf un économiste, Leszek Balcerowicz, qui propose d’abandonner toute idée de gradualisme et de libéraliser d’un coup l’économie. On parlera d’une « thérapie de choc » mais, si les résultats de cette politique sont spectaculaires, si l’économie polonaise redémarre et connaît vite une forte croissance, le coup social, chômage de masse et ruine de régions entières, est, lui, très lourd. Il y a deux Pologne, celle des laissés-pour-compte de la transition et celle des gagnants, les jeunes urbains. Le mécontentement des premiers est si profond que les communistes sont bientôt rappelés au pouvoir par les urnes. Ils succèdent aux anciens dissidents déconsidérés à gauche par la thérapie de choc, mais les communistes, devenus libéraux, la poursuivent, corruption en plus. Quant arrivent les élections de septembre dernier, les deux grands courants de la gauche sont également impopulaires. La victoire revient à l’alliance de la droite libérale et d’un parti social-conservateur, traditionaliste et social. La droite succède aux gauches mais les deux droites se disputent - sur le libéralisme avec lequel les sociaux-conservateurs veulent rompre. Il n’y a plus de majorité parlementaire possible en dehors d’une coalition des traditionalistes et de l’extrême droite et c’est elle, la boucle se bouclant, qui vient de se former. Comme partout en Europe, l’extrême droite a profité de la confusion que le bouleversement économique mondial crée sur les échiquiers politiques.

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