Ce devrait être un changement sans changement. D’un côté, le nouveau Président de la République n’a pas la même volonté que Jacques Chirac d’affirmer la France en la démarquant des Etats-Unis sur la scène internationale. Il ne partage pas son intimité avec le monde arabo-musulman, n’a pas sa fascination pour la Russie et connaît peu l’Afrique et l’Asie où son prédécesseur était comme chez lui. Nicolas Sarkozy est, en mot, moins citoyen du monde et moins inscrit dans l’Histoire longue que ne l’était Jacques Chirac mais ces différences n’annoncent pour autant pas de complètes ruptures en politique étrangère. Moins émotionnellement impliqué dans les drames du Liban, Nicolas Sarkozy devrait se montrer moins fermé à une reprise du dialogue avec Damas mais cette évolution était déjà amorcée car l’une des priorités occidentales au Proche-Orient est de tenter de détacher la Syrie de l’Iran, de défaire un lien qui sert trop Téhéran. Vis-à-vis de la Russie, le ton devrait également s’infléchir. On devrait passer d’une amitié d’Etats à un langage plus clair sur le retour à l’autoritarisme russe mais la chancelière allemande a déjà adopté cette posture sans qu’en soit affectée la réalité des intérêts communs, gaziers et pétroliers, qui fondent les relations entre l’Union européenne et la Russie. La musique changera, pas le décor et il en sera de même avec les Etats-Unis pour trois raisons. La première est que le gaullisme dont Jacques Chirac aura été l’ultime incarnation n’a jamais empêché la France et les Etats-Unis de faire front sur l’essentiel, crise cubaine hier ou menace islamiste aujourd’hui. La deuxième est que la tension née de l’aventure irakienne a été surmontée depuis que l’échec américain à Bagdad a créé de nouveaux dangers aussi inquiétants pour Paris que Washington et conduit Georges Bush à moins ignorer ses alliés. En tout état de cause, enfin, Nicolas Sarkozy aura à traiter sous dix-huit mois avec un nouveau Président américain qui aura, lui, à redéfinir la diplomatie américaine. Quant au Proche-Orient, on imagine mal que le nouveau Président rompe avec la position constante de la France, la coexistence d’Israël et d’un Etat palestinien, au moment où cette position est universellement acceptée. Reste, alors, l’Europe. L’idée sarkozienne de sortir de la panne actuelle en faisant adopter, par voie parlementaire, les seules réformes institutionnelles prévues par le projet de Constitution devrait rencontrer un relatif assentiment des capitales de l’Union. Même la Pologne et la Grande-Bretagne devraient finir par suivre mais Nicolas Sarkozy fera, en revanche, grincer beaucoup de dents avec ses idées de préférence communautaire, de politique industrielle européenne, d’harmonisations fiscale et d’instauration d’un dialogue sur la politique monétaire entre la Banque centrale et les gouvernements de l’euro. Tout le monde ne le suivra pas mais cela n’aura rien d’un changement car ces idées si parfaitement françaises n’ont jamais fait l’unanimité en Europe.

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