Une grande prudence s’impose mais la Russie paraît infléchir sa position sur l’Ukraine. La prudence s’impose car, depuis le début de cette crise, Vladimir Poutine, ses porte-parole et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ont toujours soufflé le chaud et le froid pour mieux avancer leurs pions en semant le doute sur leurs intentions mais le président russe n’en a pas moins –c’est un fait- baissé le ton hier.

Premier changement, il a appelé les séparatistes pro-russes, qualifiés de « représentants de l’Ukraine du sud-est » et de « partisans d’une fédéralisation de ce pays », à « différer » le référendum qu’ils comptaient organiser dimanche prochain. Il peut l’avoir fait car, contrairement à ce qui s’était passé en Crimée, la Russie et ses partisans ne seraient en fait pas en situation de se prévaloir d’une bien grande participation à se scrutin illégal puisqu’ils ne contrôlent que peu de villes et qu’il n’y a pas de vrai mouvement de soutien populaire à leurs agissements.

Ce geste de bonne volonté pourrait bien ne relever que du réalisme mais, quand bien même serait-ce le cas, il n’en resterait pas moins que le réalisme est la première étape de la sagesse et qu’il y a là un élément de désescalade puisqu’un référendum, même grossièrement truqué, aurait créé une situation difficilement réversible. Ce premier point est d’autant plus positif que les séparatistes paraissent avoir obtempéré en affirmant leur « plus grand respect pour Vladimir Poutine » et déclarant : « S’il juge cela nécessaire, nous en discuterons évidemment ».

Leur décision devrait être connue aujourd’hui et le président russe a fait, dans la foulée, une deuxième concession, bien plus importante encore, en estimant que l’élection présidentielle ukrainienne du 25 mai pourrait se tenir à condition que les violences cessent. C’est là un complet changement de pied. On jugeait jusqu’à présent à Moscou que cette présidentielle était illégitime car organisée par un pouvoir qualifié de « putschiste » ou même de « junte fasciste de Kiev ». On en contestait d’avance le résultat mais Vladimir Poutine n’en rejette maintenant plus le principe en ne subordonnant sa reconnaissance qu’à un retour au calme c’est-à-dire, a précisé le Kremlin, à un arrêt de l’offensive des dirigeants ukrainiens contre les villes aux mains des séparatistes.

Si ces déclarations d’hier ne sont pas bientôt contredites par d’autres, elles pourraient ouvrir la voie au grand compromis auquel aspirent les capitales occidentales, un donnant-donnant, la présidentielle et la reconnaissance par la Russie du chef de l’Etat qui en sortirait en échange d’une réforme constitutionnelle qui, sous une forme ou l’autre, fédéraliserait l’Ukraine et donnerait ainsi à la Russie un droit de veto sur ses politiques.

Ce ne serait pas inacceptable car tel est le rapport de forces. Ce serait en tout cas mieux que la guerre et éviterait à la Russie l’isolement économique qui la menace mais on ne pourra commencer à y croire que lorsque les troupes russes se seront éloignées de la frontière ukrainienne. A entendre Vladimir Poutine, ce serait fait mais, non, ça ne l’est pas encore.

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