Demain mercredi, Donald Trump pourrait avoir isolé les Etats-Unis en sortant du compromis nucléaire de 2015 tandis que, pour le préserver, l'Europe occidentale ferait front avec la Russie, la Chine et l'Iran.

Donald Trump est prévenu. S’il annonce ce soir – car ce sera finalement ce soir avec quatre jours d’avance sur la date prévue – qu’il se retire entièrement ou en partie mais se retire du compromis nucléaire que les grandes puissances et l’Iran avaient passé en 2015, eh bien il le fera seul car cet accord, les autres signataires s’y tiendront. 

Hassan Rohani, le président iranien, l’a affirmé hier en déclarant que les Iraniens "n’étaient pas inquiets des cruelles décisions américaines". La veille, il menaçait de relancer le programme nucléaire iranien si les Etats-Unis rompaient le compromis de 2015 mais là, non, le ton est tout autre. "Si nous pouvons obtenir d’un accord ce que nous voulons, même sans l’Amérique, dit-il, alors l’Iran continuera à le respecter car ce que l’Iran veut est que ses intérêts soient garantis pas les signataires autres que l’Amérique"

Il veut, autrement dit, des garanties européennes et tandis que le ministre britannique des Affaires étrangères plaidait, à Washington, pour le maintien des Etats-Unis dans le compromis nucléaire, le chef de la diplomatie française déclarait à Berlin, aux côtés du chef de la diplomatie allemande, que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni étaient "déterminés" à se maintenir dans l’accord, quelle que soit la décision américaine. 

C’était la garantie demandée par Hassan Rohani. Les Européens et l’Iran ont fait hier front pour tenter de dissuader le président américain de sortir du compromis nucléaire. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que Donald Trump a précipité l’annonce de ses décisions et sauf coup de théâtre, sauf s’il changeait soudainement de pied, hypothèse improbable mais que l’on ne peut pas totalement exclure, le monde pourrait se trouver ce soir dans une situation passablement neuve. 

Les États-Unis seraient là seuls, sans autres alliés que l’Arabie saoudite et Israël, l’une et l’autre plus que jamais inquiets de l’accroissement de l’influence iranienne au Proche-Orient depuis que le Hezbollah, l’allié de Téhéran, a remporté les élections législatives de dimanche au Liban. Loin de se rapprocher des États-Unis, la Grande-Bretagne en serait plus éloignée qu’elle ne l’a jamais été dans son Histoire et serait, très paradoxalement, en complète symbiose avec l’Union européenne qu’elle est en train de quitter tout en s’en rapprochant sur le plan militaire.

Les trois grandes puissances occidentales du continent Europe feraient bloc, contre les États-Unis, contre Donald Trump en tout cas, et l’Union européenne pour l’occasion reformée ferait ainsi front avec la Russie, la Chine et l’Iran. Alors bien sûr, ce n’est jusqu’à ce soir qu’un scénario, mais sa seule éventualité donne le vertige et si d’aventure il s’avérait, son titre serait tout trouvé : "La fracture atlantique". 

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