Les successeurs de Nelson Mandela à la tête de l’Afrique du Sud laissent un héritage catastrophique, et l’ANC est allée chercher celui qu’elle avait écarté vingt ans plus tôt, Cyril Ramaphosa, pour sauver la mise au parti dominant.

Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa tente de mobiliser un électorat désenchanté au cours du dernier grand meeting électoral de l’ANC, le 5 mai à Johannesburg.
Le Président sud-africain Cyril Ramaphosa tente de mobiliser un électorat désenchanté au cours du dernier grand meeting électoral de l’ANC, le 5 mai à Johannesburg. © AFP / GIANLUIGI GUERCIA / AFP

Il y a vingt-cinq ans, l’Afrique du Sud débarrassée de l’apartheid vivait ses premières élections au suffrage universel. L’enthousiasme était tel que les bureaux de vote furent ouverts bien plus longtemps que prévu pour recevoir les électeurs qui avaient attendu des heures.

Le héros du jour s’appelait Nelson Mandela, il venait de passer un quart de siècle en prison pour son rôle à la tête de l’ANC, le Congrès national africain. Mandela sera élu président, et, c’est rare, refusera de faire un second mandat : il estimait avoir rempli sa mission historique, mener l’Afrique du Sud à la démocratie, et choisit, à 80 ans, de céder la place à la génération suivante.

Cette sagesse de l’ancien prisonnier de Robben Island ne fut pas transmise à ses deux successeurs, Thabo Mbeki et surtout Jacob Zuma. En deux décennies, la mauvaise gestion et une folle corruption ont eu raison de ce pays si prometteur, au point de générer colère et désaffection au sein de l’électorat.

Initialement, Nelson Mandela aurait préféré avoir comme successeur Cyril Ramaphosa, un jeune avocat puis dirigeant du syndicat des mineurs noirs, et dont il avait vu les talents lors des négociations avec les dirigeants de la minorité blanche. C’est à lui que l’Afrique du sud doit sa constitution exemplaire.

Mais la direction de l’ANC avait imposé des dirigeants qui avaient connu l’exil plutôt que ceux de l’intérieur. Thabo Mbeki, fils d’un ancien compagnon de prison de Mandela, fut le premier à succéder au grand homme ; mais ses choix économiques trop libéraux et son aveuglement criminel face à la pandémie de Sida, signèrent les premiers échecs. Il fut remplacé par Jacob Zuma, autre tempérament, ancien chef des services de renseignement de l’ANC en exil, polygame assumé, qui surtout, ouvrit toutes grandes les portes à la corruption. Au point qu’on parle en Afrique du Sud de « state capture », de main-mise sur l’État.

Il y a un an, le pays était au bord de l’implosion alors que l’étendue de la corruption et des dysfonctionnements de l’État s’étalaient dans une presse pugnace. Alors, la direction de l’ANC se tourna vers l’homme providentiel, Cyril Ramaphosa, celui dont elle n’avait pas voulu vingt ans plus tôt.

Ramaphosa est un président populaire, admiré pour son rôle historique et pour son empire économique personnel. C’est lui qui va permettre à l’ANC aujourd’hui de sauver vraisemblablement la mise, en promettant un nouveau départ. Le pays en a bien besoin, avec un effondrement des services publics et des inégalités criantes. 

Si on veut être positif, on retiendra quand même que la démocratie sud-africaine fonctionne, que ses contre-pouvoirs ont marché, et que trois grands courants politiques rivalisent dans les urnes ; et que si l’ANC l’emporte une nouvelle fois, c’est sa dernière chance avant une alternance inévitable comme sanction de l’échec. Cette part de l’héritage de Mandela lui a survécu.

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