L’élection présidentielle polonaise qui devait se tenir ce dimanche a été annulée au dernier moment, pour cause de campagne restreinte par la pandémie. Comment préserver le fonctionnement démocratique si l’urgence sanitaire dure ?

Manifestants à Varsovie contre le projet gouvernemental d’organiser l’élection présidentielle uniquement par correspondance. Mercredi soir, le gouvernement a renoncé et reporté le scrutin.
Manifestants à Varsovie contre le projet gouvernemental d’organiser l’élection présidentielle uniquement par correspondance. Mercredi soir, le gouvernement a renoncé et reporté le scrutin. © AFP / STRINGER / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Les Polonais devaient élire leur président ce dimanche, mais le scrutin a été annulé à la dernière minute et reporté à l’été. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, c’est une bonne nouvelle pour la démocratie.

Je m’explique : le maintien de l’élection présidentielle en pleine pandémie de covid-19, avait soulevé une forte opposition. Le PIS, le parti très à droite au pouvoir à Varsovie, voulait profiter de la campagne électorale très restreinte, pour faire passer son candidat, le Président sortant Andrzej Duda.

Face aux critiques, le gouvernement a tenté d’imposer le vote uniquement par correspondance pour 30 millions d’électeurs, mais les postiers s’y sont opposés, ne serait-ce qu’en raison du risque sanitaire qu’ils couraient. Ils ont menacé de faire grève, soutenus par près de 80% des Polonais.

La Présidente de la Cour suprême, Malgorzata Gersdorf, a qualifié de « farce » des élections tenues dans ces conditions. Mais Mme Gersdorf est sur le départ, et la Cour suprême fait l’objet d’un intense bras de fer entre Varsovie et l’Europe. Le mois dernier, la Cour de Justice de l’Union européenne a condamné la réforme décidée par le gouvernement polonais, une décision qui s’impose à un État membre sous peine de sanctions.

Au dernier moment, le gouvernement polonais a donc renoncé à un passage en force, et c’est un soulagement pour tout le monde, les démocrates polonais comme pour l’Europe.

Cette élection polonaise était la première importante programmée en Europe depuis que le coronavirus a durement frappé le continent. Les Français, on s’en souvient, ont chèrement payé d’avoir maintenu le premier tour des municipales, le 15 mars, alors que l’épidémie progressait, et le second tour a dû être annulé. La décision polonaise montre qu’il est impossible d’organiser un scrutin acceptable dans un tel contexte, ce qui pose de sérieuses questions.

Comment maintenir une vie démocratique par temps d’urgence sanitaire ? On voit partout en Europe des Parlements qui se réunissent en présence d’une poignée d’élus seulement, des gouvernements qui agissent par décret, et des partis politiques marginalisés, condamnés à des interventions télévisées en direct du salon de leurs dirigeants.

S’il s’agit de quelques semaines, ce n’est pas trop grave, mais si le risque pandémique est le « nouveau normal », comme on l’entend, il va falloir faire preuve d’imagination : les réunions publiques seront quasi impossibles, et qui acceptera un tract sur un marché, distribué par un militant masqué ?

Le risque le plus grand est évidemment celui d’une confiscation durable du pouvoir, comme en Hongrie où Viktor Orban s’est octroyé les pleins pouvoirs sans limite dans le temps. Dans un rapport publié cette semaine, la fondation américaine Freedom House a estimé que la Hongrie « n’était plus une démocratie ».

Sans aller jusque-là, une pandémie durable fait courir un risque à la démocratie, pas forcément celui de gouvernants mal intentionnés, mais celui, surtout, de mettre en péril les codes, les rites et les gestes démocratiques, à commencer par celui de voter.

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