L’Europe est à droite. Elle l’est aussi clairement et massivement qu’elle avait été à gauche dans les dernières années du siècle précédent car la défaite, hier, des socialistes grecs devant les conservateurs de la Nouvelle Démocratie ne fait que confirmer le recul des gauches sur tout le continent. C’est l’Espagne qui avait amorcé le mouvement le 12 mars 2000, il y a quatre ans. Ce jour là, le Parti Populaire de José Maria Aznar ne se contente pas de se faire reconduire au pouvoir qu’il détenait depuis 1996. Il progresse encore, passant de 156 sièges à 183, la majorité absolue. L’année suivante, 2001, est l’année faste de la droite européenne. Mai, septembre, novembre, les conservateurs italiens, norvégiens et danois balaient la gauche, dans des victoires d’autant plus retentissantes qu’elles rabaissent les travaillistes norvégiens et les sociaux-démocrates danois à des niveaux qu’ils n’avaient pas connus depuis l’avant-guerre. Le 17 mars 2002, le centre-droit portugais ravit la majorité aux socialistes quelques semaines seulement avant que Lionel Jospin ne soit éliminé du second tour de l’élection présidentielle et que la droite française ne s’assure une majorité sans partage. Cinq mois plus tard, le parti populaire autrichien devance les socialistes et reconduit son alliance avec l’extrême-droite et, en janvier 2003, enfin, les chrétiens-démocrates néerlandais, devenus premier parti du pays, choisissent de gouverner avec une coalition de droite. A ce jour, le seul pays d’Europe où la gauche soit solidement au pouvoir est la Suède où le gouvernement de Göran Persson bénéfice non seulement d’une solide majorité depuis 2002 mais aussi d’une popularité qui ne se dément pas. En Allemagne et en Grande-Bretagne, en revanche, Gerhard Schröder et Tony Blair affrontent de sévères crises de confiance qui les mettent à mal tant dans les sondages que dans les élections partiales ou régionales. Alors question : cette tendance peut-elle être bientôt inversée ? Pour l’instant, rien ne le montre car les sondages donnent à nouveau la droite espagnole gagnante, en recul mais gagnante, aux élections de dimanche prochain, que la gauche allemande perdrait sa majorité si les électeurs étaient consultés demain et que même en Italie où la droite paraît menacée, elle l’est surtout par la gêne que suscite Silvio Berlusconi. Contrairement aux Démocrates américains qui reprennent du poil de la bête face à Georges Bush, la gauche européenne est, partout, mal en point et, partout, pour la même raison. Partout, l’affaiblissement des Etats et la réduction de leurs marges de manœuvre économiques la prive en effet des moyens de défendre, et même renégocier, les systèmes de protection sociale auxquels elle est identifiée. C’est ce que Lionel Jospin avait reconnu devant les ouvriers de Michelin en leur lançant : « L’Etat ne peut pas tout ». Face à la mondialisation du Capital, l’Etat nation ne peut plus, en fait, grand chose, et la gauche européenne tarde à comprendre, dans ses appareils comme à sa base, qu’elle ne pourra réinverser ce rapport de forces qu’en réinventant la politique et l’Etat au niveau de l’Europe, dans une Europe fédérale.

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